• SC 405

    Grégoire de Nazianze

    Discours 6-12

    mars 1995

    Introduction, texte critique, traduction et notes par Marie-Ange Calvet-Sebasti.

    Ouvrage publié avec le concours du Centre National de la Recherche Scientifique et de l'Œuvre d'Orient.
    ISBN : 9782204051941
    418 pages
    Le « Démosthène chrétien », en 7 discours intimement liés à la vie du Théologien.

    Présentation

    Les discours présentés dans ce volume illustrent divers genres oratoires. Ils concernent tous des événements marquants de la vie personnelle de Grégoire de Nazianze. Un conflit résolu avec des moines dissidents donne lieu à un discours de réconciliation consacré aux mérites de la paix (Discours 6). La mort de Gorgonie, sa sœur, et celle de Césaire, son frère, suscitent deux grands éloges funèbres (Discours 7-8). Les Discours 9-12, plus brefs, ont trait à son élévation à l’épiscopat, en 372.
    On retrouve dans ces textes d’inspiration variée l’orateur nourri d’hellénisme, le pasteur exigeant, le « philosophe » chrétien que ne cesse d’être Grégoire de Nazianze au long de son œuvre.

    Marie-Ange Calvet-Sebasti, ingénieur au CNRS (URA 993, Institut des Sources Chrétiennes), a déjà publié les Lettres de Firmus de Césarée (SC 350), en collaboration avec P.-L. Gatier.

    Le mot du directeur de Collection

    Il n'est pas certain que cet homme sensible et délicat, fin lettré et poète, ait été fait pour être évêque, Son goût personnel le portait plutôt vers la retraite ; mais comme il arrive à bien des gens ennemis de la dispute et des conflits, il y fut confronté malgré lui sans pouvoir vraiment se dérober. Il eut pourtant, une fois au moins, une satisfaction en ce genre d'affaires : celle d'avoir rétabli la paix dans l'Église de Nazianze que dirigeait son père, Grégoire l'Ancien, avec lequel ses « frères » moines étaient entrés en conflit sur un point de doctrine. C'est le sujet du Discours 6.
    Deux autres discours (Discours 7-8), d'un genre différent – il s'agit de deux éloges funèbres –, ont un accent tout aussi personnel puisque Grégoire fait l'éloge de sa sœur Gorgonie, une sainte mère famille, et de son frère Césaire, qui fut médecin à la cour impériale à l'époque de l'empereur Julien. Tous deux, dans des situations fort différentes et chacun à sa manière, ont su vivre en « philosophe », c'est-à-dire vivre dans le monde, sans être esclave des biens matériels, en prenant le temps de réfléchir en chrétien sur les questions essentielles qui se posent à l'homme et en se conduisant avec « modestie » et « philanthropie ».
    Les Discours 9-12 ont trait à l'épiscopat de Grégoire : nommé contre son gré évêque de la bourgade de Sasimes en Cappadoce Première par son ami, Basile de Césarée, qui cette fois lui a fait violence et a douloureusement ébranlé leur amitié, il renonce peu après à ce siège épiscopal, créé à des fins de politique ecclésiastique, pour revenir à Nazianze assister son père âgé, en qualité d'évêque auxiliaire.
    C'est d'une certaine manière le rôle de l'évêque, selon Grégoire, que ces Discours 9-12 font entrevoir : une charge pesante pour qui aime la tranquillité d'une vie retirée et méditative et se voit contraint à des obligations « mondaines », mais surtout une charge lourde, en raison de la responsabilité spirituelle qui s'y attache et exige d'un évêque qu'il soit à la fois un théologien soucieux de préserver « l'héritage des pères » et un guide moral pour son peuple qu'il a mission d'instruire et de guider. La « pastorale » (poimantikè), l'art de conduire son troupeau comme un berger, telle est la science requise d'un évêque comme d'un prêtre, celle qui résume son activité.

    Jean-Noël Guinot

    Œuvre(s) contenue(s) dans ce volume

    Discours 6-12

    Les Discours de Grégoire le Théologien, modèle d’éloquence pour les Byzantins, sont transmis à travers plusieurs collections, dont une collection liturgique et des collections dites « complètes ». Le corpus, tel qu’édité aux tomes 35-36 de la Patrologie grecque, comprend 45 pièces. L’édition des Discours 6-12 aux Sources Chrétiennes est fondée sur un choix de 10 manuscrits, du ixe au xie s., sans compter la traduction latine que Rufin a faite du n°6.

    Discours de réconciliation et de paix, le Discours 6, intitulé « Premier discours sur la paix à l’occasion du retour des moines à l’unité », met fin à un schisme de courte durée (fin 363-364) entre les moines de Nazianze et Grégoire l’Ancien, coupable à leurs yeux d’avoir signé une formule doctrinale teintée d’homéisme, qui leur paraissait remettre en cause la foi de Nicée. La tradition manuscrite unanime le range avec les Discours 22 et 23, traitant eux aussi de réconciliation entre des partis ecclésiastiques divisés sur la question trinitaire, sous le titre générique de Discours iréniques ; on doit le rapprocher également du Discours 32 qui offre plusieurs développements identiques sur les bienfaits de la paix.

    Les deux discours suivants, deux éloges funèbres, celui de sa sœur Gorgonie, une sainte mère de famille (Discours 8), et celui, moins facile, de son frère Césaire, médecin à la cour impériale sous les règnes de Constance II et de Julien (Discours 7), illustrent un genre largement pratiqué par Grégoire. Dans les deux cas, il s’attache à montrer que chacun à sa manière a su vivre en « philosophe », en demeurant dans le monde sans être esclave des biens matériels et en se conduisant en chrétien avec « modestie » et « philanthropie ».

    Les Discours 9-12, probablement prononcés à Nazianze, ont trait à son élévation à l’épiscopat (372) : nommé évêque, malgré lui, de la bourgade de Sasimes en Cappadoce Première par la volonté de Basile de Césarée, il refuse de prendre possession de ce siège. Il s’en justifie dans les rapides Discours 9, intitulé « Discours apologétique à son père Grégoire, en présence de Basile, quand il fut ordonné évêque de Sasimes », et 10, intitulé « À propos de lui-même, de son père et de Basile ». Face aux exhortations, dans le même sens, de Grégoire de Nysse, il prononce le Discours 11 – intitulé « À propos de Grégoire, frère de Basile, présent après l’ordination », prononcé lors d’une fête des martyrs et transmis dans la collection liturgique. Cette petite tétralogie se conclut avec le bref Discours 12, intitulé « A propos de lui-même et de son père, quand il lui confia la charge de l’Église de Nazianze »), où il accepte d’exercer son ministère et d’aider son père.

    Extrait(s)

    La mission de l’évêque (p. 313)

    6. Dis-moi vers quels pâturages me diriger, vers quelles sources aller, quels pâturages, quels ruisseaux fuir, quelles brebis mener avec le bâton et quelles brebis mener avec la syrinx, à quel moment les conduire aux pâturages et à quel moment les ramener des pâturages, comment se battre avec les loups et comment ne pas se battre avec les pasteurs, sur­ tout en ce moment où des pasteurs sont devenus insensés et ont dispersé leurs brebis loin du pâturage, pour me lamenter comme les plus saints des prophètes ! Comment fortifierai-je celle qui est faible et relèverai-je celle qui est tombée, comment « rappellerai-je celle qui s’est égarée » et « rechercherai-je celle qui s’est perdu », comment « garderai-je celle qui est forte » ? Comment apprendre cela et l’observer selon la bonne règle de la science pastorale qui est la vôtre, sans devenir le mauvais berger qui dévore le lait, se revêt de la laine, découpe ou vend les plus grasses brebis, en abandonnant les autres aux bêtes sauvages et aux précipices, et en menant paître non pas les brebis, mais moi-même, comme on le reprochait aux anciens chefs d’Israël ?

    Voici comment s’ouvre le Discours 12 (§1, p. 349) :

    « J’ai ouvert la bouche et attiré l’esprit (Ps 118,131), et je donne tout ce qui m’appartient, ainsi que moi-même, à l’Esprit, action et parole, inaction et silence. Qu’il me possède, et conduise ma main, ma pensée, ma langue seulement là où je dois aller et où il veut que j’aille, et qu’il m’éloigne au contraire d’où je dois m’éloigner et d’où il vaut mieux que je m’éloigne. Je suis un instrument de Dieu, un instrument du Verbe, un instrument qu’accorde et dont joue, en bon artisan, l’Esprit. Hier il suscitait le silence ? Je m’appliquais à ne pas parler. Aujourd’hui, il frappe ma pensée ? Puissé-je faire résonner la parole et m’appliquer à parler ! »

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