• SC 394

    Tertullien

    La Pudicité, tome I
    (De pudicitia)

    décembre 1993

    Introduction par Claudio Micaelli. — Texte critique et traduction par Charles Munier.

    Ouvrage publié avec le concours du Centre National des Lettres et du Centre National de la Recherche Scientifique.
    ISBN : 9782204049818
    284 pages
    L'Église peut-elle remettre les péchés ? Le Carthaginois, devenu schismatique, en doute.

    Présentation

    Le De pudicitia n'est pas comme son titre pourrait le laisser croire un traité de morale, mais un traité polémique et dogmatique d'une importance particulière, car il constitue la première réflexion approfondie sur la pénitence et le pouvoir de l'Église de remettre les péchés. A partir de l'interprétation de paraboles évangéliques (VII-X), de l'enseignement de Paul (XIII-XVIII) et de celui de Jean (XIX), Tertullien justifie son intransigeance en matière de pénitence et opère une distinction fondamentale entre péchés rémissibles et péchés irrémissibles (adultère, inceste, homicide, idolâtrie), entre le pardon humain et le pardon divin. Son rigorisme montaniste le conduit désormais à adopter sur la pénitence une position radicalement opposée à celle qu'il recommande dans le De paenitentia. Ce traité est également marqué d'une forte empreinte polémique dirigée contre un évêque carthaginois – et non contre l'évêque de Rome, Calliste : Tertullien y dénonce avec sa vigueur coutumière le laxisme d'un édit épiscopal qui, en admettant trop facilement les pécheurs à la pénitence, porte du même coup atteinte à la pureté de l'Église et lui communique l'impudicité du monde.

    Claudio Micaelli est docteur ès lettres de l’Université de Pise.
    Charles Munier est professeur émérite à l'Université de Strasbourg II. Il a déjà publié dans la collection Sources Chrétiennes l'Ad uxorem (SC 273) et le De paenitentia (SC 316) du même Tertullien.

    Le mot du directeur de Collection

    C'est à la pénitence et au pouvoir qu'a l'Église de remettre les péchés que Tertullien consacre ce traité, offrant ainsi la première réflexion approfondie sur le sujet. Désormais gagné au montanisme, il adopte là une position intransigeante, radicalement opposée à celle qu'il recommandait dans son traité sur La Pénitence (SC 316), en opérant une distinction entre péchés rémissibles et péchés irrémissibles. Loin d'être un traité de morale, comme son titre pourrait le faire croire, La Pudicité est un traité dogmatique et polémique. Tertullien y dénonce le laxisme de certains pasteurs qui, en admettant trop facilement les pécheurs à la pénitence, communiquent à l'Église l'impudicité du monde.
    Le chanoine C. Munier, professeur émérite de l'université Strasbourg II, s'est chargé du texte latin et de sa traduction, et C. Micaelli, docteur ès lettres de l'université de Pise, de l'introduction générale et du commentaire.

    Jean-Noël Guinot

    Œuvre(s) contenue(s) dans ce volume

    Dans la dernière période de sa vie, celle de la rupture ouverte avec l’église, donc après 212, Tertullien rédige un traité, La pudicité, pour revenir sur la question de la pénitence sur laquelle il s’était déjà exprimé dans la première période de sa vie, dans l’écrit qui porte ce nom. Il dit cette fois autre chose que ce qu’il disait alors : il y a des péchés irrémissibles, ce sont les péchés directs contre Dieu, que les hommes (l’église) ne peuvent pardonner. L’église doit être l’épouse sans tache : elle ne peut qu’exclure ces pécheurs de son sein, et eux ne peuvent qu’espérer en la miséricorde divine sans pouvoir obtenir de pardon en cette vie. La définition que Tertullien donne du péché irrémissible (qui concerne essentiellement les adultères, homicides, idolâtres et apostats) reste un peu floue, on sent que même le Tertullien montaniste n’est pas totalement fixé sur la question. Il se bat contre l’idée d’une pénitence limitée dans le temps pour ces péchés, suivie d’une réintégration. Il pense peut-être à une réconciliation possible seulement sur le lit de mort. Sa position n’est pas facile à discerner exactement, parmi des pratiques pénitentielles probablement différentes dans le détail d’une église à une autre, d’où des débats compliqués.

    Un seul manuscrit du XIVe siècle, du Vatican, contient le traité, et seulement en partie, des extraits représentant un cinquième de l’ensemble. On est donc réduit à reproduire l’édition princeps (Paris, 1545), faite à partir d’un manuscrit disparu. Une autre édition du XVIe siècle, faite à partir d’un autre manuscrit également perdu, peut fournir quelques variantes.

     

    L’indulgence excessive des « psychiques » (les non-montanistes), dont témoigne un récent édit de l’évêque de Rome, décourage l’exercice de la vertu. Il est faux d’invoquer la bonté de Dieu pour défendre l’idée d’un pardon inconditionnel. L’écriture (1 Jn 5, 16) atteste qu’il est inutile de prier pour certains péchés, qui n’auront pas de pardon (ce qui ne veut pas dire qu’il ne faut pas faire pénitence). Adultère et fornication font partie de ces péchés irrémissibles, ils sont la source des autres péchés comme l’idolâtrie. Le Christ est allé plus loin que l’AT dans la condamnation de l’adultère. L’incarnation a rendu la chair sainte. Interprétation de paraboles pour justifier cette conception restreinte de la pénitence : la drachme et la brebis perdues, les deux fils. Comment interpréter l’écriture. La pratique de Jésus lui-même avec la samaritaine ou la pécheresse ne fonde pas une pénitence possible pour l’adultère, pas plus que le décret des apôtres en Ac 15, 28-29. Confirmation avec une longue discussion sur des textes de Paul, puis de Jean : l’incestueux de Corinthe en 2 Co 2, 5-11 ; les textes de Paul sur la chair ; les chrétiens temple de Dieu ; doctrine paulinienne sur le mariage et la chasteté ; sa sévérité pour les fornicateurs, écartés de la communauté. Jean : en Ap 20, 20-22 Jézabel n’était pas baptisée, c’est pourquoi elle a droit à la pénitence ; l’étang de feu dans l’Apocalypse ; l’effet du sang du Fils dans 1 Jn ; de quel péché parle l’apôtre. L’épître aux Hébreux. Conclusion sur le pouvoir des apôtres et de l’église, ce qu’il est et ce qu’il n’est pas. Limite du pouvoir des martyrs. Incohérence de la position des psychiques.

    Extrait(s)

    Pud.,III, 4-5 (SC 394, p. 161)

    Si elle s’en remet à Dieu, si elle se prosterne à ses pieds, la pénitence travaillera d’autant mieux à son pardon, qu’elle ne l’implore que de Dieu seul, qu’elle ne croit pas qu’une paix humaine suffise à sa faute et qu’elle préfère rougir devant l’église que de rentrer en communion avec elle. Elle se tient, en effet, devant ses portes et par l’exemple de son opprobre, elle instruit les autres ; elle appelle à son aide les larmes des frères et elle s’en retourne, plus enrichie d’avoir obtenu leur compassion qu’elle ne l’aurait été de rentrer en communion avec eux. Et si elle ne moissonne pas la paix dès ici-bas, elle en jette la semence auprès du Seigneur.

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