• SC 391

    Grégoire le Grand (Pierre de Cava)

    Commentaire sur le Premier Livre des Rois, tome II
    (II, 29 – III, 37)

    juin 1993

    Texte, traduction et notes par Christophe Vuillaume, o.s.b.

    Ouvrage publié avec le concours du Centre National de la Recherche Scientifique.
    ISBN : 9782204048996
    340 pages
    D'Anne et de Samuel à l'onction de David, une méditation sur les modèles du sacerdoce et de la vie monastique, par un moine italien du 12e siècle.

    Présentation

    Cette suite au n° 351 de Sources Chrétiennes est un commentaire du Premier livre de Samuel (II, 29 – III, 21 ; « des Rois » est l’ancien nom) axé sur deux thèmes majeurs : le scandale de la conduite des fils du vieux prêtre Héli, et la croissance du jeune Samuel à qui Dieu vient se manifester. D’un côté, Héli et ses fils vont à leur perte ; de l’autre, Samuel, qui ne sait pas encore reconnaître la voix de Dieu, l’apprend d’Héli lui-même dans l’obéissance.

    Un drame se noue sous nos yeux. C’est aussi celui de l’époque de Grégoire. Au-dehors de l’Église, certains ne reconnaissent pas le Christ, tandis que dans l’Église sortie de la persécution, d’autres trahissent leur responsabilité pastorale. Mais la joie de Grégoire éclate devant « le nouvel ordre des prédicateurs » : nourris de contemplation, ceux-là ont su communiquer aux païens la foi et la faire croître en eux.

    Prédication et contemplation ne vont pas sans tension. Grégoire, moine et pape, l’a éprouvée. Dans ce texte, il lève le voile sur le secret de son cœur. Nous avons là un beau témoignage sur sa vie intérieure.

    Christophe Vuillaume, o.s.b., est moine du Prieuré de Mahitsy à Madagascar, où il enseigne la théologie spirituelle.

    Le mot du directeur de Collection

    Dans ce tome II, l'auteur, qui commente I Samuel 2, 11 – 3, 21, voit d'abord dans l'histoire des fils du vieux prêtre Héli, que leur conduite scandaleuse conduit à leur perte, et celle du jeune Samuel qui apprend à reconnaître la voix de Dieu, une figure de l'histoire d'Israël et de l'Église ; puis, au sens moral, deux manières opposées d'exercer dans l'Église la charge de pasteur et de prédicateur : pour pouvoir révéler le Christ à ceux qui ne le connaissent pas ou conforter les fidèles dans la foi, il faut s'être nourri de l'Écriture et des choses d'en haut :

    « Car les fidèles entendent rarement les exhortations d'une bonne prédication quand les prélats recherchent, par désir, non les choses d'en haut, pour les prêcher, mais celles d'ici-bas, pour les faire. »

    La lecture figurative et spirituelle de l'Écriture ne se sépare jamais chez le pape Grégoire des préoccupations pastorales.

    On doit ce volume à dom C. Vuillaume, actuellement en fondation à Madagascar.

    (J.-N. Guinot, 1994)

    Jean-Noël Guinot

    Œuvre(s) contenue(s) dans ce volume

    Livre II (chap. 29-159) – Livre III (chap. 1-37)

    Le volume SC 391 couvre le second livre du Commentaire, composé des troisième et quatrième sections. La troisième section propose d’abord une lecture allégorique puis une lecture morale, comme les deux premières. La quatrième inverse l’ordre du développement en commençant par la lecture morale des versets étudiés puis en enchaînant sur la lecture allégorique.

    La troisième section est consacrée au sacerdoce du judaïsme et à celui de l’Église. Elle voit dans le vieil Héli à la fois le sacerdoce juif en décrépitude et les prophètes et docteurs de l’Ancien Testament qui ont annoncé le Christ. Ses fils représentent pour l’auteur Israël selon la chair, donc ce qu’il a de plus mauvais. Samuel, l’envoyé de Dieu, signifie à cet ordre sacerdotal ancien son refus de lui obéir. Cette lecture est doublée d’une lecture morale : le petit Samuel symbolise le modèle de l’obéissance des sujets à leurs supérieurs. Il s’efforce de plaire non seulement à Dieu mais aux hommes, ce qui rappelle à ceux qui mènent la vie commune un devoir important, c’est-à-dire l’impératif pour les plus forts de ne pas troubler les plus faibles. L’absence de fermeté d’Héli envers ses fils annonce le népotisme ecclésiastique et résonne comme un avertissement aux prélats qui ordonnent des indignes ne cherchant dans les charges ecclésiastiques que des avantages temporels.

    La quatrième section porte sur l’obéissance et la méditation de l’Écriture qui conduit à la contemplation. Elle fait intervenir la lecture morale avant la lecture allégorique. Le commentaire moral oppose à nouveau Samuel, figure d’obéissance, à Héli, figure du prélat mondain aux mœurs relâchées. C’est par cette obéissance inconditionnelle que Samuel se prépare à recevoir la parole que Dieu lui adresse. Elle est l’unique voie qui mène aux joies intérieures, celle par laquelle les plus simples accèdent à la plus haute contemplation. La lecture typologique de cette section fait d’Héli un personnage ambigu figurant tantôt l’Ancien Testament en tant qu’annonce du Nouveau Testament, tantôt le judaïsme perçu comme hostile au Christ. La première préfiguration apparaît quand Héli reçoit la visite du jeune Samuel qui croit que le vieillard s’est adressé à lui alors que c’est le Christ qui l’a appelé. La seconde apparaît quand Héli voit sa maison rejetée, ce qui annonce la déchéance supposée du peuple juif, tandis que Samuel préfigure les ministres de la foi chrétienne assurés du soutien divin.

    Extrait(s)

    p. 219-221

    134, 1. Et voici que le Seigneur vint et se tint là et il l'appela comme il l'avait appelé la deuxième fois : Samuel, Samuel ! Et Samuel dit : Parle, Seigneur, ton serviteur écoute. Et le Seigneur lui dit. (3, 10-11)

    (…)

    135, 1. (…), si l’on réfère ces paroles à la contemplation, le Seigneur vient et se tient là quand il touche soudain par sa grâce le cœur des élus et, l’ayant touché, ne l’abandonne pas soudain; pour qu’en survenant il le visite, qu’il l’affermisse en y restant et que celui qui s’est manifesté pour la joie de l’âme bien-aimée, ne se retire pas de son propre mouvement avant qu’elle ne se soit rassasiée de sa vision.

    2. Néanmoins, en disant que le Seigneur se tient là, on laisse entendre qu’il partira le moment venu. Car, même s’il rassasie parfois l’âme des élus en se révélant pendant un certain temps, il retire la douceur de sa présence afin qu’ils désirent plus ardemment ce qui leur est retiré. Le Seigneur vient donc quand il visite, il reste là quand il se révèle avec suavité, il appelle quand il éveille à l’amour de sa gloire manifestée par le plus ardent des désirs.

    (II, 139, 1-3, p. 225)

    Même lorsque, par ordre de Dieu, nous disons au Seigneur : « Parle », c’est par sa grâce que nous le disons ; et pourtant, nous ne pouvons le dire avec les sentiments qui sont ceux des élus parfaits quand ils le lui disent, car ce qui relève d’un désir ineffable ne peut s’exprimer en langage raisonnable. Ce sentiment, Pierre nous le laisse bien voir quand, à la vue du Seigneur transfiguré sur la montagne, apercevant son visage resplendissant comme le soleil, voyant ses vêtements blancs comme la neige, il dit : « Seigneur, il est bon que nous soyons ici. Si tu le veux, dressons trois tentes, une pour toi, une pour Moïse, une pour Élie. » En effet, celui qui dit : « Il est bon que nous soyons ici » voudrait, s’il le pouvait, ne jamais retomber de la vision d’une telle gloire. Donc, quand Pierre dit : « Seigneur, il est bon que nous soyons ici », et Samuel : « Parle, Seigneur, ton serviteur écoute », les paroles sont différentes, certes, mais les sentiments sont les mêmes. Car ce que montre Pierre, élevé sur la montagne lors de la transfiguration du Seigneur, c’est ce que Samuel donne à entendre, appelé une deuxième fois par le Seigneur qui vient et reste là.

    Errata

    Page

    Localisation

    Texte concerné

    Correction

    Remarques

    179

    § 112, l. 4

    pour la faute de ses fils

    pour sa négligence vis-à-vis de ses fils

     

    179

    Dernière ligne

    la faute que sa négligence à causée

    le péché de négligence qu’il avait commis

     

    181

    § 113, l. 2

    honoré ses sujets qui ont péché

    eu égard à ses fils pécheurs, à lui soumis

     

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