• SC 381

    Grégoire le Grand

    La Règle pastorale, tome I
    Livres I-II

    novembre 1992

    Introduction, notes et index par Bruno Judic, agrégé de l’Université. — Texte critique par Floribert Rommel, o.s.b. — Traduction par Charles Morel, s.j.

    ISBN : 9782204047333
    259 pages
    Le manuel du pasteur d'âmes, par un moine tout juste devenu pape en 590.

    Présentation

    La fin du VIe siècle est une période particulièrement troublée en Italie : invasion des Goths, des Lombards, épidémies, désorganisation sociale et politique, démoralisation du clergé lui-même. En 590, l'ancien moine, entré malgré lui dans l'administration pontificale, succède à Pélage II, mort de la peste. Avec un étonnant oubli de soi, courageusement et non sans une singulière largeur de vue, il se met tout entier à sa tache difficile et complexe. Des premières années de son pontificat datent les Homélies sur l'Évangile et la Règle pastorale ; les premières relèvent de sa sollicitude immédiate pour ses fidèles ; la Règle pastorale naît de sa responsabilité universelle vis-à-vis des autres évêques.
    Son immense influence se mesure à la masse de la tradition manuscrite (plus de 500 manuscrits), comme aussi au nombre des éditions. Le miroir des évêques est même devenu un miroir des rois, le livre de chevet d'innombrables responsables civils autant que religieux. La sagesse de ce pastor et rector est communicative.
    Le livre I développe, en onze chapitres, ce qui permet d'accéder en vérité à la charge pastorale.
    Le Livre II, en onze chapitres – encore –, trace le portrait de l'évêque affronté à son gouvernement.

    Bruno Judic a enseigné de 1978 à 1989 à l’ Université de Tananarive. Depuis lors, il est Maître de Conférence en Histoire Médiévale à Lille III.
    Charles Morel a publié en 1986 et 1990, les Homélies sur Ézéchiel dans la collection des Sources Chrétiennes (SC 327 et 360).

    Le mot du directeur de Collection

    Grégoire le Grand avait choisi la vie monastique, et se serait volontiers contenté de méditer sur l'Écriture en humble bénédictin, si les nécessités du temps ne l'avaient pas contraint à accepter la charge pontificale. Ce fut sans doute l'une des raisons qui l'amenèrent à réfléchir sur l'état, le rôle et la mission du pasteur, et c'est cette réflexion qu'il propose dans sa Règle pastorale, publiée ici en deux volumes par B. Judic, C. Morel et F. Rommel. Ce texte important reçut très tôt une large diffusion et demeure un des classiques de la littérature spirituelle.

    La Règle pastorale date, comme les Homélies sur l’Évangile, des premières années du pontificat de Grégoire le Grand (années 590-591) ; elle est comme un manuel du pasteur d'âmes, et a exercé une immense influence. Ouvrage extrêmement soigné, puisant ses sources aussi bien dans la patristique grecque que dans la patristique latine, la matière en a été longuement mûrie et préparée par Grégoire dans ses Moralia, composées à l’époque de son séjour à Constantinople, qui contiennent toute sa doctrine morale et spirituelle, au point que le Pastoral semble rédigé à partir de morceaux récrits. L’ouvrage est distribué en quatre livres de longueur inégale. Le Livre I énonce en onze chapitres les conditions requises pour accéder à la charge pastorale, tandis que le Livre II, en onze chapitres également, montre ce que doit être la vie de l’évêque dans l’exercice de sa fonction, sa vie intérieure (pureté de vie, humilité, discernement) et extérieure, apostolique (la parole utile). À partir de l’enseignement de ses prédécesseurs – Grégoire de Nazianze, Jean Chrysostome, Ambroise, Augustin, Césaire d’Arles –, le Livre III, le plus long (quarante chapitres), développe longuement ce dernier point : comment enseigner et comment instruire un auditoire fort divers par le sexe, l’âge, la condition sociale, etc. Le Livre IV, très court, servant en quelque sorte de conclusion, invite le pasteur-prédicateur à rentrer en lui-même « de façon que ni sa vie ni sa prédication ne l’enorgueillissent ».

    Jean-Noël Guinot

    Œuvre(s) contenue(s) dans ce volume

    La Règle pastorale (ou le Pastoral) fut composée par Grégoire le Grand au tout début de son pontificat (il est consacré le 3 septembre 590). Il y reprend des thèmes et des idées développés précédemment dans les Morales sur Job, au point de leur emprunter des passages entiers.

    Les sources patristiques, grecques et latines, de la Règle pastorale sont nombreuses : Hilaire, Ambroise (le De officiis ministrorum), Augustin (le De doctrina christiana et le De catechizandis rudibus), Césaire d’Arles… On ne sait s’il connaissait le traité Sur le sacerdoce de Jean Chrysostome. Ce sont en tout cas probablement les traductions latines de Rufin qui lui donnèrent accès à Grégoire de Nazianze et à Origène. La Règle pastorale s’inspire aussi des règles monastiques, entre autres de la Règle de saint Benoît et de la Règle du Maître, mais destinée aux évêques, elle prend plutôt la forme de directives morales et spirituelles, accompagnées d’un manuel de prédication.

    Grégoire indique d’abord les qualités requises pour être évêque, et les critères de sélection de celui qui est candidat à cette charge. Il insiste sur le discernement (discretio) et pointe le risque toujours présent de simonie. Le pasteur est chargé de la cura animorum, ce qui implique aussi bien l’instruction des fidèles et la distribution des sacrements, que l’assistance aux pauvres, et des tâches séculières, administratives et judiciaires. La fonction de direction est soulignée étant donné la dimension parfois importante des évêchés au vie siècle, et la complexité de l’organisation administrative de l’Église, en particulier à Rome. Le patrimoine de certaines Églises (Milan, Rome ou Ravenne) était considérable, et devait être géré afin d’assurer l’assistance matérielle des pauvres. Enfin, la législation impériale donnait à l’évêque un pouvoir juridique officiel, avec d’immenses pouvoirs civils.

    La Règle pastorale allait être largement diffusée, bien au-delà de l’Italie, jusqu’en Angleterre, apportée par Augustin de Cantorbéry, et cette influence se poursuit jusqu’à l’époque carolingienne (Alcuin).

    L’édition critique s’appuie sur un manuscrit contemporain de Grégoire, provenant de son entourage immédiat. Ce ms. de Troyes, comportant révisions et corrections, semble être le dernier état du texte que le pape ait connu et approuvé.

    La règle pastorale, Parties I-II

    Tome I (SC 381) : La première partie expose les conditions pour accéder à la fonction épiscopale. Le candidat doit témoigner de compétences acquises lors d’une formation préalable à l’accession à sa charge. Au demeurant, celle-ci étant « le magistère de l’humilité », elle ne saurait être recherchée par orgueil avec l’intention de s’élever au-dessus des autres ; le succès et la gloire sont plus dangereux, à cet égard, que l’adversité. Une fois en charge, le pasteur devra faire la démonstration dans sa vie qu’il applique les préceptes qu’il recommande aux fidèles ; et cela d’autant plus que le poids des affaires qui lui incombent aura tendance à l’éloigner du soin de son âme, par manque de temps et de disponibilité intérieure. Le dévouement pastoral étant le service du prochain, ceux qui en ont les aptitudes ne sauraient s’y refuser quand on les appelle, même s’ils préfèreraient une vie contemplative et éprouvent une vraie humilité. À l’inverse, ceux qui convoitent la fonction ne doivent pas le faire pour les avantages matériels qu’elle procure. La meilleure garantie est donc que l’homme riche en vertus accéde à cette charge parce qu’il y est contraint, non parce qu’il la convoite. En est indigne l’homme qui est dominé par ses vices, car, étant lui-même pour ainsi dire malade, il ne saurait être un bon médecin pour les autres.

    La deuxième partie traite de la vie du pasteur : il doit avoir des pensées pures, entraîner les fidèles par ses paroles autant que par sa conduite exemplaire ; sa parole doit être utile et rare, toujours soucieuse de l’unité de la foi ; il doit faire preuve de compassion envers autrui tout en aspirant toujours au détachement du monde par la contemplation. Bien qu’élevé au-dessus des autres par sa charge, il doit se considérer comme l’égal de tous, et exercer une juste sévérité à l’égard des pécheurs, tempérant la rigueur de la règle par la miséricorde, mêlant ainsi douceur et sévérité, justice et clémence. Les occupations de sa charge ne doivent pas lui faire négliger sa vie intérieure, ni le souci de sa vie intérieure les devoirs de sa charge, en particulier l’assistance matérielle aux pauvres. Il doit résister à l’attrait des affaires du monde et déléguer autant qu’il est possible leur gestion à des auxiliaires. Il ne doit pas chercher à plaire par amour-propre, mais seulement pour persuader du vrai. Il doit se montrer méfiant à l’égard des vices qui prennent l’apparence de vertus. Il doit discerner les vices qu’il doit corriger et le moment opportun de le faire. Enfin, toute son action doit être inspirée par la méditation des enseignements de la Parole divine.

    Extrait(s)

    p. 199

    Jacob voit en haut un appui pour le Seigneur, en bas une pierre ointe d’huile, et des anges qui montent et descendent. C’est que les vrais prédicateurs ne se contentent pas de s’élancer en haut par la contemplation vers celui qui est la tête sainte de l’Église, c’est-à-dire le Seigneur, ils descendent aussi en bas vers ses membres par la compassion. Voilà pourquoi Moïse, fréquemment, entre dans la Tente et en sort. Il est au-dedans ravi dans la contemplation, il est pressé au-dehors par les besoins de gens qui souffrent. Au-dedans il médite les secrets de Dieu, au-dehors il porte le fardeau des pauvres hommes.

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