• SC 362

    Jean Chrysostome

    Sur Babylas
    Discours sur Babylas suivi de Homélie sur Babylas

    mars 1990

    Discours sur Babylas

    Introduction, texte critique, traduction et notes par Margaret A. Schatkin, avec la collaboration de Cécile Blanc et Bernard Grillet.

    Homélie sur Babylas

    Introduction, texte critique, traduction et notes par Bernard Grillet et Jean-Noël Guinot.

    Ouvrage publié avec le concours du Centre National des Lettres.
    ISBN : 9782204041171
    340 pages
    Plus fort qu'un empereur païen, l'évêque d'Antioche mort en martyr ! Une virulente apologie du christianisme, par Jean Bouche d'or.

    Présentation

    Par delà l'éloge de l'évêque et du martyr antiochien, le Discours sur Babylas de Jean Chrysostome prend les proportions d'un traité polémique, dirigé contre l'empereur Julien et sa tentative de restauration du paganisme. Si le tombeau du martyr, à proximité du temple de Daphné, rend muet l'oracle d'Apollon, c'est que les démons, auteurs des oracles païens, sont frappés d'impuissance par ceux que continue d'habiter, même après leur mort, la force du Christ. La puissance des reliques, manifestée par les miracles, est pour Chrysostome une preuve de la résurrection et légitime le culte rendu aux martyrs. Pour avoir voulu s'en prendre aux restes de Babylas, Julien en fera l'amère expérience : la destruction subite du temple d'Apollon par le feu avait valeur d'avertissement ! L'histoire du martyre de Babylas, refusant de céder à un mystérieux empereur criminel, offre de son côté aux pasteurs un modèle idéal de conduite à l'égard de l'autorité suprême. Comment ne pas voir là une préfiguration de la propre attitude de Chrysostome en face de l'impératrice Eudoxie ? On trouvera en appendice l'Homélie sur Babylas, prononcée par Chrysostome à l'occasion de la fête du saint martyr.

    Margaret A. Schatkin enseigne la théologie à Boston College, Massachusetts.

    Le mot du directeur de Collection

    La paternité en a parfois été contestée à Jean Chrysostome.

    Au-delà de l’éloge du célèbre évêque et martyr antiochien, mort pour avoir refusé de céder à un empereur criminel, et proposé comme modèle idéal de conduite à l’égard de l’autorité séculière, le discours prend les proportions d’un véritable traité polémique dirigé contre l’empereur Julien et sa tentative avortée de restaurer le paganisme. Sous prétexte que la présence des reliques de Babylas dans le martyrium de Daphné, à proximité du temple d’Apollon, souillait le lieu et rendait muet l’oracle du dieu, Julien fit tranférer la dépouille du martyr au cimetière d’Antioche. Dans l’incendie du temple d’Apollon, qui suivit de peu la translation des reliques (362), Chrysostome voit une preuve de leur puissance et tire de là un argument en faveur de la résurrection et du culte rendu aux martyrs. Son discours conserve de larges extraits de la déploration (monodie), rédigée par Libanios, le célèbre rhéteur d’Antioche, sur l’incendie du temple d’Apollon ; ils fournissent au polémiste chrétien une occasion de ridiculiser la religion païenne et « la verbosité des sophistes ».

    Œuvre(s) contenue(s) dans ce volume

    Babylas, évêque d’Antioche, après avoir refusé de céder à un empereur, a subi le martyre avant 250 et ses restes furent déposés à Daphné dans un martyrium situé à proximité d’un temple d’Apollon. Sous prétexte que la présence de ses reliques souillait le lieu et rendait muet l’oracle d’Apollon, en 362 Julien fit transférer la dépouille du martyr au cimetière d’Antioche. Mais l’incendie du temple d’Apollon suivit de peu la translation des reliques. En 381, son successeur Mélèce, fit transférer ses reliques dans une église à lui dédiée. Cependant, en amont comme en aval de son culte, et aussi bien avant Chrysostome qu’après lui, la tradition historique et hagiographique à son sujet comporte beaucoup d’incertitudes.

    Discours sur Babylas

    Le premier des deux textes transmis sous le nom de Jean Bouche d’or, ici édité d’après 15 manuscrits (sur plus de 20 recensés), est un discours long comme un traité (CPG 4348), composé peut-être en 378 ou 379, contre le paganisme et l’empereur Julien en particulier. En 127 chapitres, l’ouvrage est organisé en 2 récits qui sont autant de preuves de la puissance, passée et présente, du Christ par ses martyrs : les actions héroïques menant l’évêque au martyre et les miracles opérés après sa mort, en particulier l’incendie du temple d’Apollon. Son discours, qui a sans doute aussi en arrière-plan les critiques non seulement de Julien, mais aussi de Porphyre et de Hiéroclès, conserve de larges extraits de la déploration (monodie), rédigée par Libanios, le célèbre rhéteur d’Antioche, sur l’incendie ; ils fournissent au polémiste chrétien une occasion de ridiculiser la religion païenne et « la verbosité des sophistes ».

    Homélie sur Babylas

    Le second texte est une assez brève homélie (CPG 4347), prononcée un 24 janvier, jour de la fête du saint, en 388 ou en 393, sans certitude. Elle consiste en un hommage à Babylas, en une diatribe contre Julien et en l’éloge de Mélèce. Elle est éditée ici d’après les quatre témoins existants.

    Extrait(s)

    (p. 111)

    Le paganisme, en effet, s’était déjà étendu en tout lieu de la terre et avait possédé les âmes de tous les hommes, et c’est tardivement, malgré toute cette force et ce progrès, qu’il fut ruiné par la puissance du Christ ; notre prédication, au contraire, ce n’est pas après s’être répandue partout et s’être solidement établie qu’elle trouva des gens pour lui faire la guerre; mais avant d’être enfoncée et implantée dans les âmes de ses auditeurs, dès ses débuts même, elle fut contrainte à entrer en lutte avec le monde entier, « avec les puissances, les autorités, les princes de ce siècle de ténèbres, les esprits du mal ». Alors que l’étincelle de la foi n’était pas encore devenue une belle flamme, fleuves et flots de l’abîme se ruaient sur elle de toutes parts. Vous savez, bien sûr, que ce n’est pas la même chose d’arracher une plante enracinée depuis des milliers d’années ou celle qui vient d’être mise en terre. Et pourtant, il en était ainsi lorsque, sur ce qui n’était encore qu’une petite étincelle, comme je l’ai dit, de la piété, déferlait l’océan des ennemis ; et non seulement elle n’était pas éteinte par cet océan, mais devenue plus grande, plus lumineuse, elle atteignait rapidement toutes choses, ruinant et dévorant avec facilité les biens des ennemis, rétablissant ceux de ses amis et les élevant à une hauteur indicible, bien que servie par des hommes simples et obscurs.

    Voici quelle ironie mordante, presque chienne, Chrysostome emploie contre le plus célèbre des philosophes cyniques (Discours, 46-47, p. 149-151) :

    « Diogène, le philosophe, fit preuve d’un grand franc-parler à l’égard d’un roi. Voyons donc ce grand franc-parler, si par hasard il ne serait pas plus vain encore que le fait, peu banal, qu’il vivait dans un tonneau. Quel fut donc ce franc-parler ? Un jour qu’Alexandre le Grand, en route contre le roi de Perse, s’était arrêté près de lui, en l’invitant à déclarer s’il désirait quelque chose, « rien, répondit-il, si ce n’est que le prince ne lui fasse pas d’ombre », – car le philosophe était alors en train de se chauffer au soleil. Ne rentrerez-vous pas sous terre ? Ne vous cacherez-vous pas de honte ? N’irez-vous pas vous terrer quelque part, pour vous enorgueillir de ce dont il faudrait rougir ? Combien il aurait mieux valu, revêtu d’un manteau épais, être au travail et demander alors au prince quelque chose d’utile, plutôt qu’être assis en guenille à se chauffer, à l’exemple des petits enfants à la mamelle, que les nourrices, après les avoir baignés et frottés d’huile, exposent ainsi pour la même raison qu’invoquait alors le philosophe, assis, quand il demandait cette faveur digne d’une pauvre vieille femme.

    — Mais le franc-parler, n’est-ce pas, est admirable.

    — Mais il n’est rien de plus extravagant que le sien ! L’homme de bien doit tout faire en vue de l’intérêt commun et réformer la vie des autres ; or, en réclamant qu’on ne lui fasse pas d’ombre, quelle cité, quelle maison, quel homme, quelle femme a-t-il sauvés ? Dis-moi les fruits de son franc-parler ? »

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