• SC 344

    Hilaire de Poitiers

    Commentaire sur le Psaume 118, tome I
    Lettre 1. Aleph – Lettre 8. Heth

    mai 1988

    Introduction, texte critique, traduction et notes par Marc Milhau.

    Ouvrage publié avec le concours du Centre National de la Recherche Scientifique.
    ISBN : 9782204029827
    286 pages
    « L'alphabet » de la prière, déchiffré au 4e siècle par le premier grand exégète latin.

    Présentation

    Les Pères de l'Église ont été avant tout des exégètes. Hilaire de Poitiers ne fait pas exception. Défenseur irréductible du dogme trinitaire, il puise la lumière de la foi, pour lui et pour son peuple, dans la pratique assidue des Écritures. Avant d'être exilé en Orient, il explique l'évangile de Matthieu (SC 254 et 358). On a perdu ses traités sur Job. À la fin de sa vie, revenu en Gaule et profitant de ce que son séjour parmi les Grecs lui a donné de découvrir, notamment des travaux d'Origène, il commente les psaumes. Ses traités sur cinquante-huit d'entre eux nous sont parvenus.
    Hilaire a apporté tout son soin à expliquer les cent soixante-seize versets du psaume 118, le plus long de tous et composé de vingt-deux strophes acrostiches, dont les huit versets commencent successivement par la même lettre de l’alphabet hébreu. Abordant ce psaume sapientiel par excellence, l’évêque de Poitiers s’est plu à mettre en lumière toute une doctrine de sagesse chrétienne, développant un « ordre » de vie où la nature humaine, déjà explorée par la philosophie antique, se trouve accomplie par la « Voie » en personne, à travers la Loi qui l’annonce et le prépare.
    Ce tome contient, après l’introduction, le texte critique et la traduction annotée du commentaire des huit premières strophes, c’est-à-dire de la lettre Aleph à la lettre Heth.

    Le mot du directeur de Collection

    Hilaire de Poitiers a commenté, après son retour d'exil, le Psautier, du moins en partie. Il avait mis à profit son séjour forcé en Orient pour améliorer sa compétence exégétique ; il y avait fréquenté la Septante et travaillé Origène. Il s'attache avec prédilection au psaume 118, « psaume très long et de beaucoup le plus riche de tous ». Il nous donne ainsi le premier commentaire exhaustif en latin de ces 176 versets répartis selon les 22 lettres de l'alphabet hébreu.

    La structure alphabétique du psaume commande celle du commentaire, réparti en vingt-deux sections selon le nombre des lettres de l’alphabet hébreu (Hilaire ne les désigne jamais autrement que par leur numéro d’ordre). Le commentaire des huit versets placés sous chacune des vingt-deux lettres est ordinairement précédé d’un préambule, plus ou moins long selon les cas. Le sens général donné au psaume est celui que retient déjà Origène : seule une vie morale irréprochable peut permettre à l’homme d’atteindre la perfection et lui donner accès à une connaissance parfaite.

    Le tome I (n° 344) correspond aux 8 premières strophes, d'Aleph à Heth. Marc Milhau, agrégé des Lettres, a établi et traduit le texte, l'introduisant et t'annotant de façon précise, avec une brièveté de bon aloi. Le tome II paraitra à l'automne avec le commentaire des 14 dernières strophes (Teth à Tau) et les index usuels.

     

     

    Dominique Bertrand

    Œuvre(s) contenue(s) dans ce volume

    Hilaire rédigea ses Commentaires sur les Psaumes à la fin de sa vie, entre 364 et 367. Alors que des commentaires du psautier existaient déjà en grec, l’œuvre d’Hilaire est, avec celle d’Eusèbe de Verceil (dont cette partie de l’œuvre est perdue), la première entreprise de ce genre en latin. Le Commentaire sur le Psaume 118 est le plus développé des cinquante-huit commentaires d’Hilaire qui nous sont parvenus.

    La présente édition repose sur dix manuscrits, dont les plus anciens, Vérone, Bibl. Cap. XIII (11) et Lyon, Bm 452, à compléter avec Paris, BnF, nouv. acq. lat. 1593, remontent au ve siècle. Bien qu’indépendants l’un de l’autre, ils ont été copiés sur un ancêtre commun. Deux manuscrits du ixe siècle ont moins de points communs entre eux que les manuscrits du ve siècle, mais ils dépendent aussi probablement d’un ancêtre commun. Certains des manuscrits plus tardifs (xie-xiiie siècles) dépendent des manuscrits antérieurs ; d’autres rapportent des leçons anciennes et indépendantes, spécialement Charleville, Bm 239, qui n’avait pas été utilisé par les éditeurs précédents.

    Pour ce qui est de la tradition indirecte, le texte est cité par Augustin, Cassiodore et Hincmar, ainsi que dans quelques homéliaires.

    Présentation générale : genre, argumentation, principes exégétiques ou idées théologiques, remarques sur le style

    La structure alphabétique du psaume commande celle du commentaire, réparti en vingt-deux sections selon le nombre des lettres de l’alphabet hébreu (Hilaire ne les désigne jamais autrement que par leur numéro d’ordre). L’ensemble est précédé d’un exorde général. Cette structure est probablement inspirée d’Origène, dont Hilaire reprend également le sens général donné au psaume : seule une vie morale irréprochable peut permettre à l’homme d’atteindre la perfection et lui donner accès à une connaissance parfaite.

    Le commentaire des huit versets placés sous chacune des vingt-deux lettres est ordinairement précédé d’un préambule, plus ou moins long selon les cas. Celui-ci introduit des considérations générales qui orientent ensuite le commentaire de la strophe. Hilaire introduit le plus souvent les versets qu’il commente, cherchant à établir un enchaînement entre les versets : pour lui, ordo et ratio sont liés, car « un raisonnement parfait respecte un ordre » (6, 3). De fait, pour Hilaire, le texte biblique est parfait. Cette perfection s’étend d’abord aux mots, dont le commentateur étudie la valeur (uirtus) et la propriété (proprietas), cherchant le sens le mieux approprié, ainsi qu’aux propositions et à leur ordre. Il met aussi en lumière les difficultés de l’expression, avant de les résoudre en utilisant des éléments tirés d’un savoir profane ou religieux, en recourant au texte grec pour éclairer tel mot latin difficile ou, le plus souvent, en citant d’autres versets de l’Écriture, spécialement du Nouveau Testament. En effet, les psaumes doivent, selon lui, être lus à la lumière de l’Évangile ; il est donc possible de dépasser une interprétation littérale pour les appliquer non plus à David, mais au Christ ou à Paul. Enfin, Hilaire tire de chaque commentaire une instruction pour le lecteur, qu’il cherche à former. Cette instruction réside principalement dans la nature humaine, présentée à partir des œuvres classiques et des épîtres pauliniennes, ainsi que dans la description de l’homme parfait (perfectus uir) que le lecteur est appelé à devenir, abandonnant le vieil homme pour revêtir l’homme nouveau. Dans la formation de cet homme parfait, la connaissance de la vérité (cognitio ueritatis) joue un rôle central.

    Les scolies origéniennes au Psaume 118 permettent de préciser le rapport du Poitevin à l’Alexandrin. Hilaire doit à Origène sa méthode de commentaire, ainsi que le sens général du Psaume. Mais, pour les versets où elle est possible, une étude comparative montre qu’Hilaire a fait une lecture sélective de son prédécesseur : il a notamment omis les éléments les plus spéculatifs, les allusions à la philosophie grecque, les passages polémiques ainsi que les distinctions et classifications qui abondent dans le commentaire d’Origène. Mais il fit, le premier, connaître à l’Occident une pensée qui devait encore inspirer (l’on pense spécialement, dans le monde latin, à Ambroise).

    Commentaire sur le Psaume 118 Aleph-Heth

    Ce volume renferme les commentaires des six premières strophes du Psaume 118.

    Extrait(s)

    Hilaire de Poitiers, Commentaire sur le Psaume 118, 1, 1 (SC 344, p. 100-103)

    Heureux les purs dans la voie, ceux qui marchent dans la loi du Seigneur. (Ps 118, 1) Heureux ceux qui scrutent ses témoignages, qui de tout cœur le cherchent. (Ps 118, 2) L’ordre des expressions ne doit pas être négligé ; si nous ne prenons pas soin de le connaître, nous n’atteindrons pas non plus l’ordre suivant lequel est disposée la béatitude. En effet, il n’y a pas d’abord : « Heureux est-on quand on scrute les témoignages de Dieu », mais d’abord : Heureux les purs dans la voie. En effet, la première condition est d’entrer dans la voie de la vérité avec une conduite morale éprouvée et orientée vers la recherche d’une vie sans faute par la pratique de la vertu couramment appelée probité ; la suivante est de « scruter les témoignages de Dieu » et d’avoir pour leur recherche une âme purifiée et corrigée. Cet ordre, un autre prophète ne l’oublie pas non plus, qui dit : « Faites de vous-mêmes une semence pour la justice, une moisson pour le fruit de la vie, une lumière dans la lumière de la science. » Ce n’est pas d’abord notre « illumination » qui a été prescrite, mais notre « ensemencement », ce qui veut dire que, lorsque nous nous serons d’abord « semés nous-mêmes », ou que nous aurons fait de notre manière de vivre une semence en vue d’espérer des « fruits », lorsque ensuite nous aurons « moissonné ce qui a été semé », alors nous serons « illuminés par la lumière de la science ». Il faut donc respecter cet ordre : « ensemencement, moisson » et « illumination ». Beaucoup parmi nous en effet ont hâte d’être « illuminés » avant de « semer » et de « moissonner », alors que l’« ensemencement » et la « moisson » sont une sorte de préparation pour atteindre la « lumière ».

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