• SC 343

    Tertullien

    Le Mariage unique
    De monogamia

    juin 1988

    Introduction, texte critique, traduction et commentaire par Paul Mattei.

    Ouvrage publié avec le concours du Centre National des Lettres.
    ISBN : 9782204029988
    419 pages
    Doit-on ou peut-on se remarier ? Le Carthaginois répond, selon la mentalité de son temps.

    Présentation

    Avec ses formules intransigeantes et d'un style parfois rugueux, l'Exhortation à la chasteté avait dû trouver un accueil difficile.
    D'où, peu d'années après, troisième essai depuis les lettres À son épouse, le traité De monogamia, où Tertullien, montaniste plus que jamais, sincèrement soucieux toutefois d'écarter le grief d'hérésie, revient sur la question, décisive à ses yeux, de la licéité des secondes noces. La pensée n'a pas varié ; mais l'exposé, qui met en jeu les ressources maîtrisées d'une double culture profane et chrétienne, a gagné en clarté autant qu'en profondeur, en force théologique.
    L'Africain bute sur le problème, irritant, d'une sexualité à la fois nécessaire et suspectée. Car, plus que l'invérifiable aveu d'un malaise personnel, l'opuscule se lit d'abord comme un document sur les débats qui agitèrent l'Antiquité impériale et tardive, chrétiens de toutes nuances et païens confondus. Mais, par-delà ses ambiguïtés (dont au reste on mesure assez mal l'influence historique), il témoigne, non sans chaleur, du progrès fait par Tertullien vers une piété plus riche et, paradoxalement, mieux équilibrée, plus centrée sur le Christ et ouverte à l'Esprit.

    Paul Mattei, ancien élève de l'E.N.S. de Saint-Cloud, enseigne le latin à l'Université de Grenoble. Auteur de plusieurs publications sur la littérature chrétienne de Tertullien à Cyprien, il prépare dans cette même collection une édition de Novatien.

    Le mot du directeur de Collection

    La publication des œuvres complètes de Tertullien se poursuit avec le traité du Mariage unique (SC 343), édité, traduit et commenté par Paul Mattei, assistant à l'Université de Grenoble ; Tertullien prolonge dans cet écrit la réflexion sur le mariage et la sexualité qu'il avait déjà abordée dans son Exhortation à la chasteté et les lettres À son épouse (SC 319 et 273), et qu'il poursuivra encore dans le De Pudicitia, signe de son engagement passionné dans les débats qui agitèrent l'Antiquité impériale et tardive.
    Le Mariage unique (SC 343), est ainsi le troisième traité que le Carthaginois a consacré au problème des secondes noces. S'écartant de plus en plus résolument, sur ce point de discipline en particulier, de la grande Église, Tertullien n'en est pas moins ici le témoin de la conviction intime qui anime les premières générations chrétiennes au sujet du mariage : il y a un lien intrinsèque entre la bonté à reconnaître dans la création, et partant dans le Créateur, et la bonté de l'union conjugale de l'homme et de la femme.

    Dominique Bertrand

    Œuvre(s) contenue(s) dans ce volume

    Le mariage unique

    L’attribution du De Monogamia à Tertullien ne fait pas de doute, selon la critique interne et externe. Le traité est daté de 214-215, à partir de l’allusion à des persécutions récentes, vraisemblables sont celles du proconsul Scapula en 211-213. Cette datation est corroborée par la prudence de Tertullien en ce qui concerne le dogme et la datation relative de ses traités : dans le De Monogamia, Tertullien corrige et complète le De Exhortatione castitatis écrit avant ; il mentionne le De Monogamia dans le De ieiunio écrit après.

    Le texte du De Monogamia n’a été conservé que dans deux sur cinq des collections qui ont rassemblé les œuvres de Tertullien. Le premier corpus, celui de Cluny, a deux branches, l’une représentée par le manuscrit de Florence, BN, conv. soppr. I, VI, 9, xve s. (N), et l’autre (Hirsaugiensis, Hirsau, Baden-Württ.) représenté par les manuscrits suivants : Florence, ibid., 10, 1426 (F) et Luxembourg, BN, 75, fin xve s. (X), et l’édition princeps (Beatus Rhenanus, Bâle 1521). Le deuxième corpus, celui de Corbie, est supputé d’après les éditions humanistes de Martin Mesnart (Paris, 1545), Gelen (Bâle, 1550) et Pamèle (Antwerpen 1584). Le manuscrit N, moins corrigé que les autres témoins, manuscrits et éditions humanistes, est le plus fiable, même s’il doit être corrigé sur certains points à partir des autres (ordre des mots et fautes phonétiques par exemple).

     

    Le traité s’ouvre par un rappel du point de vue hérétique, psychique, c’est-à-dire de la Grande Église, et montaniste. Puis Tertullien annonce la diuisio de l’ouvrage (2, 1) : la monogamie n’est ni nouvelle ni difficile. Il va prouver que le Paraclet ne peut être ni novateur ni sévère. Voici son argumentatio : annoncé par le Seigneur, fidèle à la regula fidei – la règle de foi –, le Paraclet n’apporte en général aucune innovation (2, 2 – 2, 4).

    I. Thèse (2, 2 – 3, 10)

    1°) Annoncé par le Seigneur, fidèle à la regula fidei, le Paraclet n’apporte en général aucune innovation (2, 2 – 2, 4). – 2°) En matière de monogamie, le Paraclet aurait pu être plus exigeant et supprimer totalement le mariage que déjà les Apôtres Paul (3, 2-6) et Jean (3, 7-8) autorisaient à peine. Donc rien de neuf (3, 9, rien de rude, bien au contraire (3, 10). Tertullien écrit : « Écartons toute mention du Paraclet » (4, 1) et passe à la question de fait (chap. 4 – 13.

     

    II. Question de fait (4, 2 – 13, 3) : de l’antiquité de la monogamie

    Cette antiquité est prouvée dans l’Ancien Testament d’abord, par les exemples des patriarches d’avant le déluge, Adam et Noé (4, 2-5) : placés au commencement, ce sont des modèles – le Christ nous ramène au commencement (5) –, et même Abraham dont la bigamie ne peut être imitée par le chrétien (6) ; par les textes légaux ensuite (7) qui imposent le monogamie, la loi du lévirat n’étant que provisoire.

    L’Évangile n’offre que des modèles de monogames ou de vierges (8) ; le Christ, prohibant le divorce, réprouve implicitement les secondes noces (9).

    Enfin, le témoignage de Paul (10-13) : le mariage ne peut être dissous même par la mort (10, 1 – 11, 2).

    Examen des textes litigieux : a) 1 Co 7, 39 : l’Apôtre paraît y permettre le mariage des veuves (11, 3-13) ; – b) 1 Tm 3, 2 : contre ceux qui croient que ce verset réserve la monogamie au seul clergé (12). – c) 1 Tm 5, 14 : le remariage des jeunes veuves serait-il imposé par cette péricope (13, 1) ? – d) Rm 7, 2 : Paul y enseigne-t-il que la femme est libérée du lien du mariage par la mort de son mari (13, 2-3) ?

     

    III. Retour à la « mention du Paraclet » et aux arguments de la thèse (14).

    Admettons que l’Apôtre, non par expresse volonté mais par une de ses concessions, ait autorisé les secondes noces en raison des circonstances (14, 1-2) : le Paraclet, envoyé par Dieu et le Christ, aurait droit maintenant de les supprimer (14, 3-4).

    Le Paraclet rend la monogamie facile à observer, car son aide, offerte à tous, triomphe de la chair ; s’y soumettre, c’est obéir à Dieu (14, 5-7).

    Rappel de la diuisio

    Imposer la monogamie n’est donc ni un acte de barbarie ni surtout une hérésie.

     

    IV. Amplificatio et peroratio (15, 2 – 17, 5)

    Amplificatio (15, 2 – 17, 4) : La monogamie est plus facile à supporter que la torture, et l’apostasie sous la contrainte plus excusable que l’intempérance (15, 2-4). Le chap. 16 repousse avec vivacité les trois prétextes allégués en faveur du remariage et insiste sur la proximité de la fin. Les exemples bibliques (17, 1), mieux même, les exemples païens (17, 2-4) invitent à la monogamie.

    Peroratio (17, 5) : Que le chrétien imite, sinon le dernier Adam modèle de virginité, du moins le premier qui fut monogame ! Car il n’est point de troisième Adam fauteur de bigamie.

     

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