• SC 334

    Hilaire de Poitiers

    Contre Constance

    février 1987

    Introduction, texte critique, traduction, notes et index par André Rocher.

    Ouvrage publié avec le concours du Centre National des Lettres.
    ISBN : 9782204027182
    275 pages
    Un empereur veut imposer à l'Église une foi hérétique ? Une charge au vitriol par un évêque persécuté.

    Présentation

    Qui est ce Constance ? C'est Constance II, le fils de Constantin le Grand.  Il est maître absolu de l’Empire romain, Orient et Occident. Depuis 353, il dicte sa loi à tous ses peuples. Chrétien, il a passé à l’arianisme et pense arianiser l’Empire.
    Qui est Hilaire ? C'est l'évêque de Poitiers. Il a accédé à l’épiscopat à peu près à la même époque que Constance à l’Empire. Il ne gouverne qu’un diocèse, petit territoire comparé à l’Empire, mais il est indéracinablement attaché à la foi de Nicée.
    Entre les deux hommes, entre les deux pouvoirs, celui de l’évêque et celui de l’empereur, l’opposition est si forte que l’empereur contraint l’évêque à l’exil. De la Phrygie où il est relégué, Hilaire continue à mener le combat pour l'orthodoxie.
    Sur la fin de son exil, il récapitule en un petit écrit la somme des honteuses machinations de l’empereur contre la foi. C'est le Contre Constance. Invective terrible, comme il y en a peu dans la littérature patristique. Elle était destinée à Constance lui-même, mais, finalement, c'est aux évêques gaulois qu'elle dut parvenir. Ils avaient bien besoin, persécutés eux aussi, de cette manifestation de courage de l'un des meilleurs d'entre eux.

    André Rocher, prêtre du diocèse de Poitiers, a soutenu, en Sorbonne, une thèse de troisième cycle sur le Contre Constance.

    Le mot du directeur de Collection

    Avec le Contre Constance d'Hilaire de Poitiers (n° 334, édité par André Rocher, prêtre du diocèse de Poitiers, comportant aussi une étude approfondie du Père Louis Doutreleau sur la tradition manuscrite), nous voici transportés du début du IVe siècle. La fin des persécutions n'a pas du tout établi dans la tranquillité cette Église « constantinienne » dont on a tellement faussé l'image. C'est une période très tourmentée où s'affrontent Ariens et Nicéens et où les empereurs favorisent dans l'ensemble plutôt l'hérésie. Ainsi l'orthodoxie a-t-elle eu à s'opposer à Constance, fils et successeur de Constantin sur l'Orient comme sur l'Occident.
    Au moment le plus aigu du conflit, la défense de la foi a fait corps avec une protestation de liberté religieuse. Tel résonne encore le court et véhément traité du grand témoin que fut Hilaire.

    Dominique Bertrand

    Œuvre(s) contenue(s) dans ce volume

    Dans les années 350 les adversaires de Nicée semblent triompher avec l’appui de l’empereur Constance. En 356 Hilaire a été condamné à l’exil par le concile de Béziers, et se trouve depuis en Orient, où il a participé au concile de Séleucie, avant de revenir dans son diocèse début 360, après la victoire de la foi homéenne qui semble consacrer l’oubli de Nicée. C’est dans ce contexte qu’est publié le Contre Constance. Sa date de rédaction est controversée : une hypothèse est qu’il reprenne des morceaux écrits pendant l’exil ou juste à son retour, mais que l’ensemble ne soit réellement publié qu’après la mort de Constance en novembre 361. Le ton est souvent pamphlétaire : le temps du De synodis où Hilaire tentait de concilier tous les croyants de bonne foi n’est plus ; il dénonce sans retenue la politique pro-homéenne de l’empereur.

    La tradition manuscrite est assez riche : un manuscrit du VIe siècle, 3 mss du IXe (qui sont les premiers à donner le Contre Constance non accompagné d’autres œuvres d’Hilaire), un du Xe, un du XIe et 20 du XIIe-début XIIIe pour ne compter que les plus anciens (l’édition mentionne une quinzaine au moins de mss plus récents).

     

    Le livre commence dans une ambiance d’apocalypse : l’Antichrist (Constance) l’a emporté. Rappel de la position d’Hilaire : envoyé en exil, il a tout fait pour rétablir l’unité. Le combat actuel pour la foi est moins facile que du temps des persécutions car l’ennemi s’avance masqué. Constance est un Antichrist. Diatribe contre sa fourberie. Sa nuisance contre les églises : Alexandrie, Trèves, Milan, Rome…

    Le concile de Séleucie, le triomphe des impies, la confession d’un Dieu dissemblable, d’un Fils né de la volonté et non de la substance. Détournement du concile et des positions homéousiennes par Constance. Les faux arguments de Constance : n’employer que des termes scripturaires ; les versets qu’il invoque pour nier l’égalité du Fils et du Père, et ceux qu’il oublie. Le détournement de la notion scripturaire de ressemblance (Gn 1, 26) au détriment du Fils. L’oubli du Fils image de Dieu. Dire le Fils égal au Père ne revient pas à le dire innascible (inengendré), car on confesse que Dieu est son Père, donc qu’il est engendré ; mais il a avec le Père une unité de nature.

    Rappel des diverses manœuvres de Constance pour annuler la foi de Nicée. Il se renie lui-même en se contredisant d’un synode à l’autre. Il a poussé beaucoup d’évêques au reniement. Il a lui-même peu à peu renié tous les acquis précédents : homoousios, homoiousios, substance. Au mépris des traditions et des lois de l’église il a combattu tous les évêques, et finalement son propre père (Constantin) qui avait défendu Nicée.

    Extrait(s)

    C. Const. 11 (SC 334, p. 189)

    à présent, loup rapace, apprends le fruit de tes œuvres (…) Sur ton ordre des évêques que nul n’osait condamner ont été déposés, et maintenant encore ceux dont les noms restent inscrits au fronton des églises sont déclarés bons pour les mines. Alexandrie est là, à mes côtés, secouée par tant de guerres, redoutant le désordre si grand des expéditions lancées contre elle. Les luttes armées contre le Perse ont été plus brèves que celles qu’elle subit. Changement de préfets, nomination de ducs, corruption de peuples, déplacement de légions : tout cela pour empêcher Athanase de prêcher le Christ !

Volumes SC connexes

  • SC 56 bis
  • SC 199
    • SC 199
      Sur l'incarnation du Verbe
      décembre 1973
      Pourquoi Dieu est-il devenu homme ? Pour remédier au péché, certes, mais surtout, pour que l'homme devienne Dieu.
  • SC 317
    • SC 317
      Anonyme
      Histoire « acéphale » et Index syriaque des Lettres festales d'Athanase d'Alexandrie
      février 1985
      L'histoire dramatique d'Athanase, recordman du nombre d'exils, de 328 à 373.
  • SC 68
    • SC 68
      Traités théologiques sur la Trinité, tome I
      décembre 1960
      Quand un chrétien féru de platonisme défend la foi en la Trinité, à Rome, après 350.
  • SC 69
    • SC 69
      Traités théologiques sur la Trinité, tome II
      décembre 1960
      Quand un chrétien féru de platonisme défend la foi en la Trinité, à Rome, après 350.
  • SC 299
    • SC 299
      Contre Eunome, tome I
      octobre 1982
      Dieu ne peut être engendré, donc le Fils n'est pas Dieu ? Magistrale réponse du grand Cappadocien.
  • SC 305
    • SC 305
      Contre Eunome, tome II
      octobre 1983
      Dieu ne peut être engendré, donc le Fils n'est pas Dieu ? Magistrale réponse du grand Cappadocien.

Du même auteur

  • SC 605
    • couverture SC605
      Commentaires sur les Psaumes, tome IV
      décembre 2020
      Les psaumes ouvrant leur sens avec une clé: le Christ
  • SC 603
    • SC 603
      Commentaires sur les Psaumes. Tome III
      juin 2019
      Le sens des Psaumes 62 à 66 ouvert par Hilaire vers 360 avec une clé divine : le Christ lui-même.
  • SC 565
    • SC 565
      Commentaires sur les Psaumes, tome II. Psaumes 51-61
      juillet 2014
      Des cris de souffrance ? Les Psaumes 51 à 61 sont, pour Hilaire, dans la bouche du Ressuscité.
  • SC 515
    • SC 515
      Commentaires sur les Psaumes, tome I
      juin 2008
      « Heureux l'homme » : un voie spirituelle éclairée au 4e siècle par le premier grand exégète latin.
  • SC 462
    • SC 462
      La Trinité, tome III
      octobre 2001
      Une pensée originale, des pistes restées vierges après lui : Hilaire, théologien et pionnier.
  • SC 448
    • SC 448
      La Trinité, tome II
      avril 2000
      Une pensée originale, des pistes restées vierges après lui : Hilaire, théologien et pionnier.
  • SC 443
    • SC 443
      La Trinité, tome I
      juin 1999
      Une pensée originale, des pistes restées vierges après lui : Hilaire, théologien et pionnier.
  • SC 347
    • SC 347
      Commentaire sur le Psaume 118, tome II
      novembre 1988
      « L'alphabet » de la prière, déchiffré au 4e siècle par le premier grand exégète latin.
  • SC 344
    • SC 344
      Commentaire sur le Psaume 118, tome I
      mai 1988
      « L'alphabet » de la prière, déchiffré au 4e siècle par le premier grand exégète latin.
  • SC 258
    • SC 258
      Sur Matthieu, tome II
      mai 1979
      Sans doute le premier commentaire latin du Premier évangile.
  • SC 254
    • SC 254
      Sur Matthieu, tome I
      décembre 1978
      Sans doute le premier commentaire latin du Premier évangile.
  • SC 19 bis
    • SC 19 bis
      Traité des mystères
      décembre 1967
      Une clé de lecture de l’Ancien Testament, miroir de figures annonçant le Christ.