• SC 333

    Eusèbe de Césarée

    Contre Hiéroclès

    janvier 1987

    Introduction, traduction et notes par Marguerite Forrat. — Texte grec établi par Édouard Des Places, s.j.

    Ouvrage publié avec le concours du Centre National de la Recherche Scientifique.
    ISBN : 9782204026901
    237 pages
    Meilleur que le Christ, le païen Apollonios ? La verve d'Eusèbe face aux arguments d'un persécuteur des chrétiens.

    Présentation

    On sait que, dans l'Antiquité, la persécution de Dioclétien fut une des plus violentes qu'aient eu à subir les chrétiens, mais aussi qu'elle se termina par la reconnaissance officielle de leur religion. La « grande persécution » était en quelque sorte l'ultime combat du paganisme dans un monde pour une large part christianisé. Ces circonstances expliquent sans doute la tournure singulière que prend alors la polémique antichrétienne. Les persécuteurs eux-mêmes se joignent aux polémistes : ainsi Sossianus Hiéroclès, gouverneur de Bithynie et préfet d'Égypte pendant la persécution, se dit l'« Ami de la Vérité » pour démontrer aux chrétiens leurs erreurs. Bien plus, apologiste du paganisme, il exalte, en face du Christ et des récits évangéliques, l'« homme divin » dont Philostrate avait écrit la vie et auquel certaines villes d'Asie rendent un culte : Apollonius de Tyane.

    C'est contre cet aspect persuasif de la polémique antichrétienne que réagit vigoureusement Eusèbe de Césarée, et il met, au service d'une cause qui prend une importance particulière en Orient, un style incisif auquel nous avait peu habitués l'auteur de l'Histoire ecclésiastique ou de la Préparation évangélique. Au moment où l'Église sort victorieuse du combat qu'elle soutenait depuis ses origines – mais où il lui reste beaucoup à faire pour extirper des esprits la croyance dans les pouvoirs des divinités païennes – le Contre Hiéroclès reflète le conflit, toujours actuel, entre les séductions du monde et la Révélation divine.

    Marguerite Forrat, historienne, a soutenu en 1981 une thèse de 3e cycle où elle étudiait la carrière de Hiéroclès et l'apport du personnage à la polémique antichrétienne.

    Le Père Édouard des Places, s.j., est bien connu pour ses travaux et publications sur les littératures grecques, profane et chrétienne.

    Le mot du directeur de Collection

    Sous le numéro 333 nous est offerte une œuvre, tout à fait originale et captivante, d'Eusèbe de Césarée, le Contre Hiéroclès. Le grand historien de l'Église primitive polémique en fait avant tout contre Apollonius de Tyane, un étrange personnage, mi-philosophe, mi-thaumaturge, que la propagande anti-chrétienne du début du IVe siècle – précisément entre autres par le haut fonctionnaire Hiéroclès – a voulu opposer au Christ, tentant de montrer en lui un authentique homme divin. Ce qui piquera la curiosité, c'est, outre l'argumentation pleine de vivacité d'Eusèbe, la curieuse relation nouée à travers Apollonius entre l'hellénisme et le monde indien des brahmanes. La tentation syncrétique ne date donc pas d'aujourd'hui.

    Le texte grec de cette œuvre a été établi par le Père Édouard des Places et Mme Marguerite Ferrat s'est chargée, avec une grande élégance, de la traduction, comme aussi de l'introduction, des notes et des index.

    (D. Bertrand, 1987)

    Dominique Bertrand

    Œuvre(s) contenue(s) dans ce volume

    Ce petit écrit d’une cinquantaine de pages prend la défense de la foi chrétienne pour répondre à un pamphlet païen antichrétien intitulé le Philalèthès (l’Ami de la vérité), rédigé par un haut fonctionnaire païen, Sossianus Hiéroclès, dans les toutes premières années du IVe siècle, sans doute juste la persécution de Dioclétien (202-203), alors qu’il était vicaire du préfet d’Orient. Eusèbe se lance dans la réfutation de ce pamphlet et publie son travail une dizaine d’années après, à ce qu’il semble, à un moment où le christianisme est devenu religion favorisée par l’empereur. Eusèbe fait le choix de limiter sa réfutation au parallèle fait par Hiéroclès entre Jésus-Christ et Apollonius de Tyane, une sorte de moine païen, philosophe néopythagoricien et thaumaturge, du premier siècle de notre ère. Ce parallèle semble avoir été une originalité de l’attaque de Hiéroclès, et c’est peut-être à ce titre qu’Eusèbe n’a pas voulu le laisser sans réplique. Eusèbe, en fait, parle très peu du Christ et s’applique surtout à réfuter presque point par point la Vie d’Apollonius de Philostrate, qui est en partie à l’origine de la vénération dont le personnage faisait l’objet.

    Le texte grec est transmis par 7 manuscrits, dont le codex d’Aréthas (Paris. gr. 451) copié en 914, manuscrits répartis en 2 familles (deux sont jumeaux et semblent copiés sur l’un des autres).

     

    Le début examine les sources disponibles sur la vie d’Apollonius et annonce son intention de le montrer sous son jour véritable, « un âne caché sous la peau d’un lion », plus sorcier que philosophe. Il s’empresse alors de montrer que les prodiges qui font d’Apollonios, dans la Vie de Philostrate, un homme divin, capable de défier les lois physiques, sont invraisemblables et que le récit qui en est fait est rempli d’incohérences (s’il sait tout de façon innée, pourquoi parle-t-on de ses maîtres ? S’il comprend les langues, pourquoi a-t-il besoin d’un interprète en Inde ?). Les prodiges qu’on lui attribue (comprendre sans effort toutes les langues, parler le langage des animaux, avoir la science des dieux etc.) ne sont que déformation et exagération de certains faits. Apollonius, en réalité, avait simplement reçu une excellente éducation. Toutes les merveilles qu’il est censé avoir vues chez les Brahmanes indiens, puis celles qu’il a accomplies à son retour en Grèce (guérisons, prédictions etc.), sont dénoncées comme des affabulations, des tours d’illusionniste, ou tournées en ridicule. Finalement, il est lui-même accusé d’être un sorcier, qui avait de surcroît un rapport ambigu au pouvoir qu’il flattait. Plus grave, il s’assurait le concours d’un démon et recourait à la magie. Eusèbe retrouve à la fin son rôle d’apologiste en réfutant le fatalisme professé par Apollonius et en rappelant que l’être humain est libre et responsable de ses actes.

    Extrait(s)

    (C.H. 2, SC 333, p. 101-103)

    « <Hiéroclès> attribue avec une approbation admirative les prodiges accomplis par cet homme à une sagesse divine et mystérieuse, et non aux artifices de la sorcellerie, et il est persuadé qu’ils se sont passés réellement tels quels, bien que son affirmation ne s’appuie sur aucune preuve. écoute donc ses propres paroles : ‘Ils vont partout redisant à satiété, pour glorifier Jésus, qu’il a permis aux aveugles de voir et a fait d’autres miracles de ce genre… Examinons cependant combien notre façon à nous d’accepter de tels récits est meilleure et plus avisée… Au temps de nos propres ancêtres, sous le règne de Néron, a brillé Apollonius de Tyane, qui dès sa prime jeunesse puis une fois devenu prêtre d’Asclépios, a accompli beaucoup de miracles. Pour quelle raison ai-je rappelé cela ? Afin qu’il soit possible de comparer sur chaque point notre propre jugement, rigoureux et assuré, avec la légèreté des chrétiens, puisque nous ne regardons pas, nous, pareil thaumaturge comme un dieu, tandis que ceux-là, pour quelques prodiges, proclament dieu leur Jésus.' »

    Errata

    Page

    Localisation

    Texte concerné

    Correction

    Remarques

    26

    l. 9

    ne Palestine

    en Palestine

     

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