• SC 308

    Guigues Ier le Chartreux

    Les Méditations
    Recueil de pensées

    Série des Textes Monastiques d'Occident LI
    septembre 1983

    Introduction, texte critique, traduction et notes par un chartreux.

    Ouvrage publié avec le concours du Centre National des Lettres.
    ISBN : 9782204068345
    384 pages
    Indisponible chez notre éditeur
    Brèves, inclassables, les pensées d'un chartreux au début du 12e siècle.

    Présentation

    Éditant en 1936 les Pensées de Guigues Ier, prieur de Chartreuse de 1109 à 1136, Dom Wilmart écrivait : « Voici peut-être l’ouvrage le plus original que nous ait laissé la période vraiment créatrice du Moyen Âge, c’est-à-dire celle qu’a vu surgir saint Bernard, assisté à l’esprit de l’Institut cistercien, admiré la suprême splendeur de Cluny, après le décès de saint Anselme, tant de grands hommes, dans les ordres les plus variés... Guigues, le législateur des Chartreux, a su dans son désert du Dauphiné, seul en présence du Christ, tirer de sa propre expérience des enseignements qui dépassent son temps, noter des pensées, trouver des accents inoubliables, et qu’il n’est pas malséant de rapprocher de ceux d’un Marc Aurèle ou d’un Pascal. Bref, ce solitaire de grande foi, et qui vivait du plus pur amour, a composé, sans le savoir ni le vouloir, un chef-d’œuvre d’humanité, qui marque aussi le triomphe de l’esprit chrétien. »

    Près de 50 ans après Dom Wilmart, et pour le neuvième centenaire de la naissance de Guigues (1083), un « chartreux » (dom Maurice Laporte, † 1990) présente à nouveau ces étonnantes Méditations ou Pensées. Le texte en est établi d’après les meilleurs manuscrits. Il est traduit aussi fidèlement que le permet le style concis et contrasté de Guigues. Une riche Introduction fait ressortir la puissante originalité de l’auteur et de l’œuvre, en les replaçant dans leur époque et dans toute une tradition spirituelle et littéraire.

    Le mot du directeur de Collection

    Les Méditations (SC 308) de Guigues Ier et ses Coutumes de Chartreuse (SC 313), réimprimées – comme aussi la Lettre sur la vie contemplative (SC 163) de Guigues II – en cette année où la Chartreuse célèbre le neuvième centenaire de la mort de Saint Bruno, livrent, en deux écrits de genre bien différent, deux aspects complémentaires d'une même personnalité. Ici, le spirituel qui mène sa quête de Dieu en explorant sa vie intérieure et en confiant à un journal ses pensées intimes ; là, le rédacteur d'un coutumier devant permettre aux premières fondations cartusiennes de suivre avec exactitude l'observance établie en Chartreuse. Ici, Guigues écrit d'abord pour lui-même, là pour répondre à la demande que lui ont faite plusieurs prieurs de chartreuses, ceux de Portes et de Meyriat (Ain) notamment, et l'évêque de Grenoble, le futur saint Hugues. Il a près de quarante ans, et déjà une longue expérience de la vie cartusienne, quand il entreprend la rédaction des Coutumes ; il a sans doute moins de trente ans, lorsqu'il commence à noter ses pensées pour approfondir et nourrir sa vie spirituelle.

    Né en 1083, à quelques kilomètres de Tournon (Ardèche), sur un territoire appartenant alors au diocèse de Valence, Guigues entre à 23 ans à l'ermitage de Chartreuse, fondé par saint Bruno en 1084, et en devient le cinquième Prieur, trois ans plus tard. Cela laisse supposer de grandes qualités intellectuelles et spirituelles et une forte personnalité, tôt reconnues. Il sera l'ami et le correspondant de Pierre le Vénérable, supérieur à 26 ans du prieuré de Domène, près de Grenoble, et futur abbé de Cluny, et de Bernard, le fondateur et le premier abbé de Clairvaux, à l'âge de 25 ans.

    Son recueil de Méditations se présente comme une collection de quatre cent soixante-seize pensées, auxquelles un style sobre et concis donne vigueur et saveur. On a rapproché les Méditations de Guigues des Pensées de Marc-Aurèle et de celles de Pascal, des Sentences de Sextus et des Apophtegmes des Pères du désert. Elles soutiennent, en effet, la comparaison. À la différence pourtant de ce que l'on est en droit de faire pour l'Apologie pascalienne, il ne semble pas qu'il faille chercher à ces Méditations un plan d'ensemble : elles se plient mal aux divers classements que l'on a tentés. En revanche, un certain nombre de thèmes récurrents et d'idées maîtresses, que l'introduction et l'index thématique de dom Maurice Laporte († 1990), le « chartreux » auquel nous devons l'édition de ces deux ouvrages de Guigues, permettent aisément de saisir le dessein de l'auteur : il fait de ses Méditations un moyen de voir clair en lui-même pour atteindre Dieu de manière plus sûre et le louer sans fin. On peut donc ouvrir le livre au hasard : tout y est matière à réflexion, tout peut devenir facteur de progrès spirituel. Voici, vraiment prises au hasard, quelques pensées à titre d'illustration :

    « L'adversité t'exhorte à désirer la paix. Mais toi, aveugle, tu persistes à désirer ce dont l'amour et le désir te rendent la paix absolument impossible » (28).

    « Tu ignores tes liens, et tu ne tires pas sur tes chaînes, comme le chien » (30).

    « Si tu aimes parce que tu es aimé ou pour l'être, ton amour est moins un amour que l'acquittement d'une dette, car tu paies amour pour amour. Tu es un changeur ! Tu as déjà touché ton salaire » (182).

    (J.-N. Guinot, 2001)

    Jean-Noël Guinot

    Œuvre(s) contenue(s) dans ce volume

    Guigues n’a que 26 ans lorsqu’il est élu prieur de la Chartreuse, où il vit depuis 3 ans seulement. Il restera dans sa charge jusqu’à sa mort en 1136, non sans avoir rédigé les Coutumes de Chartreuse pour réguler la vie de cet Ordre encore tout jeune. Au fil des ans, il a rédigé par écrit 476 Pensées, rassemblées en ordre dispersé (mais les plus longues à la fin), qui, une fois éditées, forment ce recueil intitulé Méditations auquel il est difficile de donner une structure. Ces Pensées mettent au centre le Christ et accompagnent la vie contemplative en faisant grandir désir de Dieu et pureté du cœur.

    Les Méditations se trouvent dans 4 manuscrits du XIIe siècle, dont un qui a probablement été recopié directement sur l’original, à la Grande Chartreuse même. D’autres copies datent du XVe ou du XVIe siècle, mais, comme les premières éditions, elles ne contiennent qu’un choix de pensées, dans un ordre bousculé, jusqu’à ce que Dom Wilmart retrouve au XXe siècle la forme originale de l’œuvre.

     

    Les 476 pensées ne présentent pas d’organisation thématique. On ne peut donc qu’énumérer sans vrai ordre les domaines le plus souvent abordés : Préférer la Vérité, savoir qu’elle est sur la croix. Espérer les vrais biens stables pour être heureux, et non ceux qui passent : c’est ainsi qu’on se met en sûreté. La paix véritable. Ne pas vouloir d’éloges. Distinguer la personne et son vice, dans les autres comme en soi. Ne pas juger autrui s’il agit mal, mais le plaindre. Dieu, seul bien à aimer. Notre nature nous porte à suivre la volonté de Dieu, non la nôtre. La souffrance nous soigne et nous fait progresser. être utile à autrui. S’occuper des âmes. Soigner autrui et se soigner : pourquoi, comment. Ne pas juger ne veut pas dire ne pas discerner. Se débarrasser des passions. Quelle vérité chercher et dire. Si tu délaisses Dieu en ne le cherchant plus, comment le prieras-tu ? Ne pas aimer le corps. Le progrès spirituel. De quoi faut-il se réjouir ?

    Dernières pages, plus longues et plus construites : biens terrestres et biens célestes, comparaison des désirs qu’on éprouve, et des efforts qu’on consent, pour les uns et les autres. Devenir parfait en s’approchant du Verbe par l’humanité qu’il a prise.

    Extrait(s)

    (SC 308, p. 105.137.307)

    3. La Vérité doit être placée au milieu, comme un bel objet. Si quelqu’un l’a en horreur, ne le juge pas, mais aie pitié de lui. Pourtant toi, tu désires l’atteindre ? Pourquoi la repousses-tu quand on te reproche tes vices ?

    112. Quand on dit de toi que tu es juste, d’une certaine façon on te blâme, comme quand on montre du bois doré en guise d’ornement : car on ne le dorerait pas s’il avait assez d’éclat par lui-même.

    476. L’être humain ne devait suivre que Dieu, mais ne pouvait suivre qu’un être humain. L’humanité a donc été assumée, afin que l’être humain, en suivant Celui qu’il peut suivre, suive Celui qu’il doit suivre.

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Du même auteur

  • SC 313
    SC 313

    Coutumes de Chartreuse

    septembre 1984

    Une source essentielle sur la vie cartusienne au début du 12e siècle.