• SC 305

    Basile de Césarée

    Contre Eunome, tome II
    Livres II-III, suivi de Eunome, Apologie

    octobre 1983

    Introduction, traduction et notes par Bernard Sesboüé, s.j., avec la collaboration, pour le texte et l'introduction critiques, de Georges-Matthieu de Durand, o.p., et Louis Doutreleau, s.j.

    Ouvrage publié avec le concours du Centre National de la Recherche Scientifique.
    ISBN : 9782204021197
    355 pages
    Indisponible chez notre éditeur
    Dieu ne peut être engendré, donc le Fils n'est pas Dieu ? Magistrale réponse du grand Cappadocien.

    Présentation

    Basile est prêtre de Césarée en Cappadoce au moment où il dicte le Contre Eunome, en 364. Il deviendra évêque en 370. Eunome a été nommé évêque de Cyzique dans l’Hellespont en 360, mais en raison de son adhésion aux thèses de l’arianisme, il fut déposé dès 361 et envoyé en exil à cause du scandale de ses propos ariens.

    Pour se défendre, Eunome écrit une Apologie, qu’on trouve à la fin de ce volume. Il affirme la transcendance de Dieu le Père, mais refuse la divinité au Fils et au Saint Esprit, qui ne sont pour lui que des créatures.
    Basile répond en trois Livres. Le Livre I est est paru précédemment (SC 299). Ici, les Livres II et III traitent de la divinité du Fils et de l’Esprit Saint. Dans ce difficile problèmes de consubstantialité, il fallait concilier sans artifice les apparentes contradictions d’un langage jusqu’alors insuffisant. C’est là qu’apparaît le génie théologique de Basile, qui raisonne en logicien tout autant qu’il s’appuie sur l’Écriture.

    Bernard Sesboüé, s.j., professeur de théologie au Centre Sèvres de Paris, spécialiste des questions christologiques, a publié en 1982 Jésus-Christ dans la tradition de l'Église (Desclée).
    Georges-Matthieu de Durand, o.p., a publié des traités de Cyrille d'Alexandrie dans Sources Chrétiennes (SC 231, 237 et 246).
    Louis Doutreleau, s.j., a établi, dans ce volume, le texte de l'Apologie.

    Œuvre(s) contenue(s) dans ce volume

    Contre Eunome Livres II-III

    Ce volume présente les livre II et III du Contre Eunome. Le livre I est consacré à la personne du Fils et s’articule en 7 réfutations :

    1e réfutation : contre la thèse : le Fils est rejeton et créature (1-10)

    2e réfutation : Contre la thèse : le Fils a été engendré alors qu’il n’était pas (11-19)

    3e réfutation : la supériorité sur les créatures accordée par Eunome au Fils n’empêche pas celui-ci d’être lui-même une créature (19-21)

    4e réfutation : en Dieu la génération a lieu sans passion (22-24)

    5e réfutation : en Dieu les noms communs ne suivent pas la loi d’opposition propre aux noms relatifs (24-29)

    6e réfutation : Dieu n’est soumis à aucune loi de nature (30-31)

    7e réfutation : contre la thèse : le Fils est créature du Père et l’Esprit créature du Fils (32-34)

    Le livre III porte sur l’Esprit et comporte le même nombre de réfutations :

    1e réfutation : la différence d’ordre et de dignité n’engage pas une différence de nature (1-2)

    2e réfutation : les noms de Saint, d’Esprit et de Paraclet prouvent que l’Esprit est du côté de la divinité (2-3)

    3e réfutation : les activités de l’Esprit apportent la même preuve (4)

    4e réfutation : l’habitation de l’Esprit en nous est une habitation de la divinité (5)

    6e réfutation : bien que non engendré, l’Esprit appartient à la Trinité (6)

    7e réfutation : réponse sur Amos 4, 13 et Jn 1, 3 (7)

    Apologie (Eunome de Cyzique)

    L’authenticité de l’Apologie, soumise, comme les autres écrits d’Eunome à plusieurs édits de destruction, ne fait aucun doute. 21 manuscrits contiennent l’Apologeticos mais seuls quatre sont suffisants pour établir le texte : le Parisinus gr. 965, l’Athos Iviron 354 ; le Guelferbytanus Gudianus gr. 85 et le Munich, Staatsbibl. Gr. 512). On fait ordinairement remonter l’édition princeps à J.A. Fabricius de Hambourg en 1717, mais G. Cave a édité une petite partie du texte en 1688 (130 lignes). On doit à Fabricius la division en XXVIII chapitres.

    Outre la tradition manuscrite, nous possédons des passages de l’Apologie cités par Basile de Césarée et dans une moindre mesure par Grégoire de Nysse.

    L’introduction à cette œuvre se trouve dans le tome I du Contre Eunome de Basile de Césarée (SC 299) et aux pages 180-227 du tome II (SC 305).

     

    Les débats trinitaires ont dominé les Églises d’Orient du IVe siècle ; le Contre Eunome de Basile de Césarée et l’Apologie d’Eunome y tiennent une place importante. Représentant de l’anoméisme, forme radicale de l’arianisme, Eunome doit se justifier devant une assemblée du clergé de Constantinople (360 ou 361) : c’est à cette occasion qu’il rédige son Apologie. Elle se présente comme un authentique discours, qui dissimule une pensée anoméenne sous le couvert d’un langage homéen. La négation de la divinité du Fils et de l’Esprit est la conséquence de la logique hellénique et de la conception arienne de Dieu, qui ne peut accepter que Dieu ait un Fils égal et consubstantiel à lui-même : un engendré ne peut être Dieu au même titre que l’Inengendré. L’Apologie répond aux attaques des homéousiens et essaie de se concilier les homéens en leur proposant une doctrine franchement arienne, tout en sauvant la face du langage de la tradition et des Ecritures. C’est un exposé général de la foi, qui s’abstient de faire état d’accusations précises.

    C’est un petit opuscule nettement construit : après une longue captatio benevolentiae (1-6), Eunome donne une confession de foi de facture ancienne et neutre, brièvement structurée par les trois noms du Père, du Fils et de l’Esprit. Le premier article porte sur le Dieu unique et inengendré (7-11) : l’inengendré est la substance de Dieu, qui n’admet pas de génération. Suivent les réponses qu’Eunome aux objections à sa thèse. Le second article (12-24) se centre sur le Fils, rejeton et créature : l’appellation de rejeton désignant la substance elle-même du Fils, la voie des activités montre elle-même que la similitude du Fils au Père ne concerne pas la substance, sous peine de confondre les Personnes. Cette thèse appelle des objections auxquelles Eunome répond. Le troisième article (25) porte sur l’Esprit, troisième en ordre et en nature, qu’Eunome étudie sous l’aspect des activités pour conclure que l’Esprit est dépourvu de la divinité et du pouvoir créateur. Le texte s’achève sur une conclusion générale (26-27) qui présente une confession de foi développée et sur un appendice avec deux formulaires de confession de foi (28).

    Extrait(s)

    Basile, Contre Eunome II, 20

    Telle est toute la différence entre le Fils et la création à laquelle il a consenti, et déjà il dénature la notion même du Monogène :

    Eunome : « C’est pour cette raison, dit-il, que le Monogène engendré et créé par la puissance de l’inengendré, seul venu d’un seul, est devenue le ministre le plus parfait. »

    Basile : Je ne sais laquelle de ses affirmations doit nous révolter davantage : est-ce l’habile fourberie qu’il a pratiquée sous le nom du Monogène en interprétant son sens contre l’usage des hommes et contre la pieuse tradition des Ecritures – car on appelle monogène dans l’emploi commun non pas celui qui est issu d’un seul, mais celui qui est la seul à avoir été engendré - ? Ou bien, est-ce le blasphème du mot de créature qu’il a joint à dessein à celui d’engendré, afin de montrer que l’expression il a été engendré n’est pas attribuée au Seigneur en un sens qui le différencie ces créatures ? Mais de même qu’il est dit : J’ai engendré et fait grandir des fils et : mon fils premier né, Israël, c’est ainsi que le Seigneur serait appelé fils, non pas en tant qu’il a le nom qui est au-dessus de tout nom, mais parce qu’il mérite cette appellation au même titre que les autres.

    Basile, Contre Eunome III, 3

    3. Si donc la sanctification est sa nature, comme il en va pour le Père et pour le Fils, comment peut-il être d’une nature tierce et étrangère ? Car c’est pour cela, je pense, qu’il est écrit dans Isaïe que les Séraphins crient trois fois Saint, parce que la sainteté selon la nature est contemplée dans les trois hypostases. Mais ce n’est pas seulement ce nom de sainteté qui lui est commun avec le Père et le Fils, mais aussi l’appellation elle-même d’Esprit. Car Dieu est Esprit et ceux qui l’adorent doivent l’adorer en esprit et en vérité. Et le prophète dit : L’Esprit qui nous fait face, le Christ Seigneur, dont nous avons dit : à l’ombre de ses ailes nous vivrons… Et l’Apôtre rapporte l’appellation d’Esprit au Seigneur en disant : Le Seigneur c’est l’Esprit. Ces textes montrent clairement à tous que la communauté des noms établit non pas le caractère étranger de sa nature, mais sa parenté avec le Père et le Fils. Dieu est dit bon et il l’est ; l’Esprit Saint aussi est bon, sans que la bonté lui soit ménagée en sus, elle coexiste au contraire avec lui de par sa nature. Ou alors ce serait la chose la plus irrationnelle de dire que celui qui est saint par nature ne possède pas la bonté en vertu de sa nature, mais que celle-ci est produite en lui par addition et lui est ajoutée de l’extérieur. Et quand le Seigneur dit : Je prierai le Père et il vous donnera un autre Paraclet, il se désigne lui aussi comme étant notre Paraclet. C’est pourquoi l’appellation de Paraclet ne contribue pas peu à démontrer, elle aussi, la gloire du Saint-Esprit.

    Eunome, Apologie

    9. Etant inengendré selon la démonstration qui précède, Dieu ne saurait jamais souffrir de génération, au point de faire partager sa propre nature à l’engendré, et il échappera à toute comparaison et à toute communauté avec l’engendré. Car si l’on voulait mettre cette substance en commun avec autre chose ou la communiquer à autre chose, on le ferait soit par séparation et division, soit par comparaison. Quelle que soit l’hypothèse que l’on affirme, le raisonnement sera balayé par beaucoup d’absurdité, ou plutôt de blasphèmes.

    Car si Dieu se divisait et se partageait, il ne serait plus alors inengendré, devenant par division ce qu’il n’était pas auparavant. Mais il ne serait pas non plus incorruptible, car le partage ruine la dignité de l’incorruptibilité. Et s’il admettait une comparaison avec un autre, la comparaison ne se faisant pas selon les propriétés incommunicables, c’est alors la dignité de la substance qui serait mise en commun. Et s’il en est ainsi, il en ira de même pour le nom : par conséquent, ceux que contraint ce raisonnement ou qui veulent garder incommunicable l’appellation doivent nécessairement maintenir aussi, en même temps qu’elle, la substance incommunicable. Ou alors, s’ils essaient de faire partager celle-ci, ils doivent aussi faire partager l’appellation au même titre que la substance. Car l’honneur qu’ils croient faire serait bien boiteux, puisqu’il procurerait à l’un des deux une faveur en partie insuffisante, sans compter qu’ils élaborent une différence qui ne mérite même pas qu’on en parle, puisqu’ils raffinent dans leur examen sur l’appellation, quand c’est de nom seulement que l’un est supérieur et l’autre inférieur. Mais si la conséquence logique force à communiquer le même terme, qu’ils communiquent aussi le bien plus honorable de l’égalité, puisqu’ils n’en ont pas trouvé un en qui placer la supériorité.

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