• SC 258

    Hilaire de Poitiers

    Sur Matthieu, tome II
    Chap. 14-33

    mai 1979

    Texte critique, traduction, notes, index et appendice par Jean Doignon.

    Ouvrage publié avec le concours du Centre National des Lettres.
    ISBN : 9782204013901
    299 pages
    Sans doute le premier commentaire latin du Premier évangile.

    Présentation

    Étant donné l’importance d’Hilaire de Poitiers dans l’élaboration d’une pensée chrétienne en Occident, cet ouvrage se recommande à plus d’un titre à l’attention des spécialistes de l’Antiquité tardive et du Moyen Âge latin, ainsi qu’à celle des historiens des faits religieux.
    Il offre d’abord la première édition critique d’un texte exégétique du milieu du IVe siècle, qui est le premier commentaire latin complet conservé jusqu’à nous d’un des quatre évangiles. Pour l’éditer avec toute l’acribie nécessaire, Jean Doignon a réuni les collations de quinze manuscrits principaux dispersés dans diverses bibliothèques d’Europe, manuscrits dont un grand nombre avaient échappé à l’attention des éditeurs antérieurs (le dernier de ceux-ci vivait à la fin du dix-septième siècle).
    Le texte, muni d’un double apparat (critique et scripturaire), est accompagné d’une traduction française – la première dans notre langue – et de notes, qui voudraient aider à la recherche des sources et de la documentation d’Hilaire.

    À la fin du tome II, plusieurs index mettent à la disposition des lecteurs un répertoire analytique (en français) des principaux thèmes du Commentaire et une liste sélective de termes latins appartenant à des vocabulaires spécialisés : droit, rhétorique, exégèse, théologie.

    Œuvre(s) contenue(s) dans ce volume

    Le SC 258 comprend les chapitres 14 à 33 du Commentaire, qui couvrent Mt 13, 51 à 28, 13.

    Extrait(s)

    Sur Matthieu 14, 13-18 (sur Mt 14, 22-33), SC 258, p. 27-33

    13. Après cela, il ordonna à ses disciples de monter dans le navire jusqu'à ce qu'il dispersât lui-même les foules ; et, la foule dispersée, il monta pour prier et, le soir venu, il était seul. Pour donner la raison de ces faits, il faut faire des distinctions de temps. S'il est seul le soir, cela montre sa solitude à l'heure de la Passion, quand la panique a dispersé tout le monde. S'il ordonne à ses disciples de monter dans le navire, de passer la mer, pendant qu'il renvoie lui-même les foules et, celles-ci une fois renvoyées, s'il monte sur une montagne, c'est qu'il leur ordonne d'être dans l'Église et de naviguer par la mer, c'est-à-dire le siècle, jusqu'à ce que, revenant dans son avènement de gloire, il rende le salut à tout le peuple qui sera le reste d'Israël, le dégage de ses péchés et, celui-ci étant dégagé ou plutôt admis au Royaume des cieux, il rende grâce à Dieu son Père et s'établisse dans sa gloire et sa majesté.

    14. Mais sur ces entrefaites, les disciples sont portés de côté et d'autre par le vent et la mer et ballottés par toutes les agitations du siècle que suscite contre eux l'esprit impur. Mais à la quatrième veille, le Seigneur vient, car alors la quatrième démarche sera le retour du Seigneur vers l'Église errante et naufragée. Dans l'expression « quatrième veille de la nuit » on trouve en effet le nombre correspondant aux marques de sa sollicitude. En effet, la première veille a été celle de la Loi, la seconde celle des prophètes, la troisième celle de son avènement corporel, la quatrième se place à son retour glorieux. Mais il trouvera l'Église déclinante et cernée par l'esprit de l'Antéchrist et toutes les agitations du siècle. Il viendra en effet au plus fort de l'anxiété et des tourments. Et parce que la manière habituelle d'agir de l'Antéchrist les rendra inquiets devant toute nouvelle forme de tentation, ils seront dans l'effroi même à l'avènement du Seigneur, redoutant les images mensongères de la réalité et les fictions qui s'insinuent dans le regard. Mais le Seigneur qui est bon leur parlera aussitôt, chassera leur peur et leur dira : C'est moi, dissipant, par la foi en son avènement, la crainte du naufrage menaçant.

    15. Le fait que Pierre, sur la totalité des passagers du navire, ose répondre et demande à recevoir l'ordre de venir sur les eaux trouver le Seigneur indique la disposition de son cœur au moment de la Passion, alors que seul derrière, marchant sur les traces du Seigneur au mépris des agitations du monde comparables à celles de la mer, il l'accompagna avec la même vertu pour mépriser la mort, mais son manque d'assurance révèle sa faiblesse dans la tentation qui l'attend. Car, bien qu'il eût osé s'avancer, il s'enfonçait : la faiblesse de la chair, en effet, et la crainte de la mort l'obligèrent même à aller jusqu'à la fatalité du reniement. Mais il pousse un cri et demande au Seigneur le salut. Ce cri est la voix gémissante de son repentir. Car le Seigneur n'avait pas encore souffert, quand Pierre revint à résipiscence, et il obtint à temps le pardon de son reniement, le Christ devant ensuite souffrir pour la rédemption de l'humanité. […]

    18. Le calme que, lors de l'embarquement du Seigneur, connaissent le vent et la mer est présenté comme la paix et la tranquillité de l'Église éternelle à la suite de son retour glorieux. Et parce qu'alors il viendra en se manifestant, un juste étonnement leur a fait dire à tous : Vraiment, il est le Fils de Dieu. Tous les hommes feront alors l'aveu clair et public que le Fils de Dieu, non plus dans l'humilité de la chair, mais dans la gloire du ciel, a rendu la paix à l'Église.

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