• SC 242

    Jérôme

    Commentaire sur saint Matthieu, tome I
    Livres I et II

    janvier 1978

    Texte latin, introduction, traduction et notes par Émile Bonnard.

    ISBN : 9782204012072
    360 pages
    Sobre et rapide, un commentaire qui va à l'essentiel, par le plus savant exégète latin.

    Présentation

    En 398, à la demande d’un ami pressé, Jérôme commente à la hâte (en deux semaines, si l’on en croit sa préface !) le premier évangile. Il le fait en se souvenant de ses lectures sur le sujet (dont le commentaire d’Origène), sans jamais s’enliser dans une érudition pesante, mais en faisant le point de ce qu’ont dit ses prédécesseurs pour marquer sa différence. Il s’explique, chaque fois qu’il le faut, sur les différences entre les évangélistes. Il dit peu sur chaque verset, va à l’essentiel, situe la péricope dans son ensemble, la rapproche d’autres passages bibliques, bref, fait son travail d’exégète théologien, doublé d’un pédagogue et d’un écrivain de talent. Surtout, il montre en quoi chaque parole de l’Évangile peut parler à tout lecteur et l’éclairer sur sa propre vie, faisant ainsi du premier évangile le miroir du chrétien.


    L’évangile de s. Matthieu est assez ordinairement celui auquel nous pensons spontanément lorsqu’il s’agit de l’enseignement de Jésus. Il a toujours gardé une place de choix dans la méditation du chrétien et dans la liturgie de l’Église.
    Le commentaire qu’en a fait s. Jérôme est l’œuvre de l’un des maîtres de l’exégèse, qui a consacré toute son existence à l’étude de la parole de Dieu. Consulté par ses contemporains sur toutes les difficultés de l’Écriture, conseiller fort écouté du pape Damase, Jérôme représente toute la science exégétique de son temps. Il a longuement vécu en Judée, il sait le grec et l’hébreu, il s’est renseigné auprès des rabbins juifs pour mieux connaître le milieu où Jésus a vécu. Il a beaucoup lu, beaucoup médité. Il a, de plus, consulté les œuvres des exégètes, ses prédécesseurs, notamment d’Origène, dont l’influence est ici assez visible.
    Monsieur Bonnard nous permet aujourd’hui d’accéder à ce texte, où la loyauté à poser les problèmes s’unit à un grand souci d’éclairer l’évangile par l’évangile et d’initier le lecteur à en goûter le sens « spirituel », sans tomber dans la subtilité, Car c’est aussi le commentaire d’un contemplatif, pour qui l’Écriture est découverte du Royaume de Dieu, puisque « c’est dans les saintes Écritures que repose la connaissance du Sauveur ».

    Émile Bonnard, ancien élève de l’ENS, agrégé de l’université, a traduit l’ensemble du Commentaire sur Matthieu de Jérôme.

    Le mot du directeur de Collection

    Le Commentaire sur Matthieu fut composé à Bethléem, en 398, au moment du Carême. Le travail est hâtif – 15 jours, d’après la Préface, car son commanditaire Eusèbe de Crémone doit embarquer sous peu pour Rome – et Jérôme se remet à peine de trois mois d’une maladie marquée par de fréquents maux de tête.

    Le volume reprend le texte établi par D. Hurst et M. Adriaen pour le Corpus christianorum, Series Latina 77, qu’il corrige ponctuellement. La tradition directe comporte une douzaine de manuscrits, groupée en deux familles ; les plus anciens remontent au viiie siècle. La tradition indirecte, de grande valeur, se compose de citations abondantes et textuelles de Bède et de Raban Maur.

    Parmi les œuvres de Jérôme, ce texte présente un intérêt très particulier : composé hâtivement, il est comme un instantané où se laisse surprendre un caractère impulsif qui se livre avec plus de spontanéité que d’ordinaire. Le Bethléemite s’y montre tout autant généreux et réaliste, qu’âpre et rancunier, spécialement lorsqu’il commente les intrigues qui se nouent autour de Jésus. Cet homme d’une cinquantaine d’années n’oublie donc pas son passé, ni affectif, ni intellectuel : les citations de ses propres œuvres côtoient le souvenir de lectures sur le premier Évangile ; sans jamais s’enliser dans une érudition pesante, il fait le point de ce qu’ont dit ses prédécesseurs pour marquer sa différence. Il connaît le travail d’Origène, qu’il ne critique que rarement, peut-être parce que le Commentaire de l’Alexandrin n’offre guère d’occasions d’attaques violentes. Il s’explique, chaque fois qu’il le faut, sur les différences entre les évangélistes. Il dit peu sur chaque verset, va à l’essentiel, situe la péricope dans son ensemble, la rapproche d’autres passages bibliques, bref, fait son travail d’exégète théologien, doublé d’un pédagogue et d’un écrivain de talent. Il réussit à écrire un ouvrage très vivant, « d’expression ramassée et riche de sens » (Préface, p. 67), liant l’exégèse spirituelle dans la tradition d’Origène à une grande exactitude géographique et historique. Enfin, le Commentaire sur saint Matthieu conduit Jérôme à aborder en profondeur les thèmes essentiels de la doctrine évangélique : il montre en quoi chaque parole de l’évangile peut parler à tout lecteur et l’éclairer sur sa propre vie, faisant ainsi du premier évangile le miroir du chrétien.

    Œuvre(s) contenue(s) dans ce volume

    Libri I-II

    Le SC 242 renferme la Préface et les deux premiers livres du Commentaire sur Matthieu. La Préface revient sur la rédaction des Évangiles ainsi que sur les circonstances de composition du commentaire. Jérôme y mentionne notamment ses lectures, dont plusieurs sont aujourd’hui perdues (en grec, Origène, Théophile d’Antioche, Hippolyte, Théodore d’Héraclée, Apollinaire de Laodicée, Didyme d’Alexandrie ; en latin, Hilaire, Victorien de Petau et Fortunatien d’Aquilée, dont une partie du commentaire a été retrouvée en 2012). Mais il affirme avoir, faute de temps, renoncé à les utiliser, préférant un commentaire historique émaillé ponctuellement des « fleurs de l’interprétation spirituelle » (p. 71), qu’il se réservait de compléter s’il en avait eu le temps.

    Le livre I couvre les chapitres 1 à 10 de Matthieu, le livre II, les chapitres 11 à 16. On trouve donc dans ce volume le commentaire des récits de l’enfance (livre I, sur Mt 1-2), du sermon sur la montagne (livre I, sur Mt 5-7), du discours apostolique (livre I, sur Mt 10) et des paraboles rassemblées en Mt 13 (livre II).

    Extrait(s)

    sur Mt 13, 44-46, p. 289-291

    44. « Le royaume des cieux est semblable à un trésor caché dans un champ. Celui qui l'a trouvé le cache et, dans sa joie, il s'en va, vend tout ce qu'il a, et achète ce champ. » Retardés par les nombreuses obscurités des paraboles, nous dépassons l'exégèse verset par verset, si bien que nous semblons presque avoir passé d'un genre d'exégèse à un autre. Ce trésor « où se trouvent cachés tous les trésors de la sagesse et de la science », c'est ou bien le Verbe de Dieu qui paraît caché dans la chair du Christ, ou les saintes Écritures dans lesquelles repose la connaissance du Sauveur. L'y a-t-on découvert, on doit mépriser tous les profits de ce monde pour pouvoir posséder celui qu'on a découvert. […]

    45.46. « Encore, le royaume des cieux est semblable à un marchand qui cherchait de belles perles. En ayant trouvé une de grand prix, il s'en alla et vendit tout ce qu'il avait et l'acheta. » En termes différents, c'est la même idée que plus haut. Les belles perles que cherche le commerçant, c'est la Loi et les prophètes. Écoute, Marcion, écoute Manès. Les belles perles sont la Loi et les prophètes, la connaissance de l'Ancien Testament, mais il existe une perle unique, la plus précieuse, la connaissance du Sauveur, le mystère de sa Passion, le secret de sa résurrection. Et lorsque le négociant l'a découverte comme l'apôtre Paul, tous les mystères de la Loi et des prophètes et toutes les antiques observances dans lesquels il avait vécu irréprochablement, il les méprise alors comme des immondices, des balayures, pour gagner le Christ. Non que la découverte de la nouvelle perle soit la condamnation des anciennes, mais parce que, comparée à celle-ci, toute autre gemme a moins de prix.

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