• SC 220

    Salvien de Marseille

    Œuvres, tome II
    Du gouvernement de Dieu

    septembre 1976

    Introduction, texte critique, traduction et notes par Georges Lagarrigue.

    ISBN : 9782204036696
    608 pages
    Au 5e siècle, une critique acerbe des travers du temps : avarice, tiédeur, impiété… – et un appel à la conversion.

    Présentation

    Salvien, prêtre de Marseille au Ve siècle, est connu surtout pour son traité Du gouvernement de Dieu, écrit vers le milieu du siècle. Il y questionne, du point de vue de la providence divine, le sens de l’histoire biblique et des événements de son temps, un peu comme le fit Augustin dans la Cité de Dieu peu auparavant. Plus que ce dernier, il dénonce la conduite de ses contemporains, dont la foi est chancelante et le genre de vie condamnable. Il y voit la cause principale du malheur des temps, qu’il considère comme une punition divine. Les grands de ce monde ne sont pas épargnés : la critique sociale est vive, les injustices et exactions de toutes sortes, y compris fiscales, sont vigoureusement dénoncées. La description des maux inspire des pages saisissantes, notamment sur les invasions barbares, fléau qui n’empêche pas un regard critique sur la romanité parfois plus cruelle encore. Autant qu’un traité de théologie, l’œuvre de Salvien est un document historique et le témoignage d’un pasteur exigeant au franc-parler étonnant.

    Georges Lagarrigue (1935-2014) était maître de conférences à l’Université de Strasbourg II et a publié des traductions de plusieurs œuvres de Martin Luther.

    Le mot du directeur de Collection

    « L’assemblée des chrétiens est-elle autre chose qu’une sentine de vices ? », écrit au livre III du traité Du gouvernement de Dieu le rhéteur virulent, le converti rigoriste qu’est Salvien de Marseille. C’est donc le ton d’un véritable réquisitoire qu’il donne à son ouvrage, et d’un réquisitoire dirigé adversus christianos. Il avait déjà dénoncé l’avarice de la société chrétienne dans les Livres de Timothée à l’Église (tome I, SC 176), il va maintenant stigmatiser la corruption générale de ses mœurs au moment de l’invasion des barbares – allant même jusqu’à affirmer la su­périorité morale de ceux-ci.
    Mais Salvien ne se contente pas de dénoncer les vices de la chrétienté, il veut faire œuvre « salutaire » : démontrer que les péchés sont la cause des malheurs actuels, qui ne peuvent donc surprendre, puisqu’ils sont un châtiment divin. En effet, l’idée fondamentale du traité, la thèse théologique, est que le gouvernement divin ne va pas sans un jugement présent.
    Aussi, cette démonstration s’accompagne-t-elle d’une étude intéressante des institutions sociales de l’époque, qui fait du traité Du gouvernement de Dieu, malgré sa partialité et ses lacunes, un document historique.
    Un empire à l’agonie y est décrit dans ses injustices sociales, l’immoralité de ses spectacles, l’impureté de ses mœurs.
    Les œuvres de Salvien de Marseille, dont la publication s’achève avec ce second volume, se révéleront d’un grand intérêt pour le lecteur contemporain, puisqu’elles sont le témoignage d’un homme qui élève la voix au moment d’une vraie « crise de civilisation », et qui met sa rhétorique passionnée au service d’une foi sans compromis.
    À la fin de ce volume, on trouvera les Index très détaillés (au nombre de 7) des tomes I et II.

    Œuvre(s) contenue(s) dans ce volume

    L’attribution de De gubernatione à Salvien de Marseille n’a pas été remise en cause. Pour la datation, l’hypothèse traditionnelle – entre 439 et 451 – reste valide. Les événements de cette période où Romains et Wisigoths cherchèrent à collaborer ne contredisent pas les assertions de Salvien. L’édition repose essentiellement sur trois manuscrits anciens : le manuscrit A, Paris, BNF, lat. 13385, xe siècle, provenant de l’Abbaye Saint-Pierre de Corbie, comme l’atteste les catalogues anciens de cette abbaye. Il a été considéré longtemps comme le modèle. Pourtant, le B, Bruxelles, Bibl. royale 10628, xiiie siècle, à l’origine incertaine, représente une branche différente, est plus fidèle et fournit parfois la bonne leçon malgré ses défauts. Enfin, le manuscrit C, Troyes, BM 895 a le même modèle que B mais a été corrigé par un bon copiste. Il y a des manuscrits plus récents toutes issus du manuscrit B : elles n’apportent pas d’éléments significatifs supplémentaires. Il est à noter que le livre VIII se termine abruptement. Il est nettement plus court que les autres : perte entre l’archétype et ses copies, ou bien œuvre inachevé ? Il est impossible de la savoir.

     

    En moraliste rigoriste, Salvien fait dans Le Gouvernement de Dieu, son œuvre la plus célèbre qui date de l’époque de la maturité, le procès des chrétiens de son temps pour les exhorter plus fortement à la « conversion », malgré l'effroyable détresse consécutive aux invasions barbares. Dédié à Salonius, ce traité présente en huit livres une explication aux malheurs qui frappent alors les Romains : Dieu ne châtie son peuple que pour le faire revenir à lui, à l’exemple de ce qu’enseigne l’Histoire Sainte. Le traité présente de nombreuses analogies avec le Livre I de la Cité de Dieu. Comme Augustin, Salvien considère les invasions comme une épreuve et un châtiment, mais insiste plus que lui sur la notion de châtiment : Dieu « juge » des « coupables ». Le moraliste fait preuve ici du même rigorisme que dans son traité À l’Église. Les critiques vigoureuses adressées à la société chrétienne de son temps – infidélité à l’Évangile, impiété, présomption, injustice sociale, immoralité (les spectacles) – tiennent du réquisitoire. À l’affaiblissement moral et religieux des chrétiens sont opposées la supériorité morale et la piété des Barbares.

     

    1. Salvien montre d’abord comment Dieu n’est pas indifférent aux actions humaines et même les gouverne comme l’ont fait Pythagore, Platon, Virgile, Cicéron. Puis il réfute ceux qui disent que Dieu laisse faire les méchants. Le vrai bonheur revient aux saints (S. Paul) et aux ascètes, même dans leur faiblesse physique ou dans les persécutions. Cincinnatus et les anciens Romains prenaient sur eux pour « l’utilité commune ». Le jugement de Dieu est déjà actif dans l’histoire, Salvien le prouve par Adam, Caïn, le Déluge, Sodome et l’Exode.
    2. Il démontre la présence de Dieu par ses yeux, ses oreilles et son visage (cf. les Psaumes), son gouvernement par son action salvatrice et son amour et sa justice par le témoignage de David (Nabal, Urie et Absalom) et la mention de son jugement présent.
    3. Il prend d’abord l’exemple des barbares qui réussissent là où les autres sont opprimés. Les chrétiens négligent l’amour des ennemis, l’imitation du Christ, de S. Paul, le refus d’être procédurier, la recherche de l’intérêt d’autrui, la renonciation au jurement, à la calomnie, à la plainte, à l’impudicité du regard, vices présents chez les chrétiens même s’ils prient à l’église. Il s’en prend ensuite aux nobles et aux riches.
    4. Puis il cite les prophètes et S. Paul sur l’infidélité. Il défend point par point les esclaves contre leurs maîtres qui les accusent de leurs propres vices. « Il n’y a pas de pire ravage pour les pauvres gens que le pouvoir politique. » La fiscalité injuste en est la cause. Les chrétiens sont donc coupables alors que fourmis et abeilles savent travailler pour un bien futur ! Que faisons-nous de celui qui a donné sa vie pour nous ? Comme romains, nous ne sommes supérieurs aux Barbares que par la loi divine qu’ils ne connaissent pas et non par la réalité de nos actions !
    5. Les Barbares ne sont pas responsables de leur hérésie, on la leur a transmise. Nous recevons plus de coups car nous savons. Ils s’aiment mieux entre eux que nous. Les impôts romains sont une cruelle injustice. Les clercs sont complices. Les pauvres doivent s’exiler et deviennent des bagaudes, des révoltés. Or les barbares ne connaissent pas l’impôt.
    6. Dieu a bien puni Achab, Ananie et Saphire. Salvien dénonce les spectacles du cirque où des hommes sont jetées aux bêtes, la persistance de pratiques païennes, et en général l’obscénité des spectacles que refusent les Barbares. Les païens le faisaient du moins pour leurs dieux, mais nous le faisons contre le Christ.
    7. L’Aquitaine, très prospère, ne s’est pas tournée vers Dieu mais vers les plaisirs. Ni les prostituées ne sont les plus coupables, car elles « ne souillent pas le pacte conjugal qu’elles n’ont jamais connu », ni les servantes, violées par leurs patrons qui abandonnent leurs épouses. « Les Goths ne tolèrent pas la débauche chez l’un d’entre eux. » Les Romains s’affaiblissent de plus en plus, comme Saül devant David, comme le Roi de Tyr. À Carthage ils ajoutent à cela les travestis. Au contraire, les conquérants vandales y ont même contraint les prostituées à se marier.
    8. Nous sommes finalement punis par nous-mêmes et pas par Dieu. Les notables africains ont mélangé le culte de Dieu et celui des idoles. Ils s’en sont pris aux serviteurs de Dieu, aux moines, sans les tuer certes, mais en les accablant, alors que les Athéniens écoutaient S. Paul.

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    SC 176

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