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    Anonyme

    Évangile de Pierre

    décembre 1973

    Introduction, texte critique, traduction, commentaire et index par M.G. Mara.

    ISBN : 9782204082181
    239 pages
    Indisponible chez notre éditeur
    Un apocryphe inspiré d'une théologie simple mais profonde, sans doute dans la première moitié du 2e siècle.

    Présentation

    La découverte, en 1887, dans une nécropole chrétienne de Haute-Égypte, d’un manuscrit contenant un récit mutilé de la passion et de la résurrection du Seigneur (Kurios) fit grand bruit. L’ensemble de la critique reconnut dans ces pages un fragment de l’Évangile de Pierre, dont l’existence était attestée par Origène et par Eusèbe de Césarée.

    Cet évangile apocryphe, qui semblait avoir conservé un récit de la Passion bien différent de celui des évangiles canoniques, suscita alors, en un temps où régnait la critique rationaliste, de vives controverses. L’ occasion était belle de mettre en question la valeur des évangiles canoniques. Les partis pris idéologiques qui s’attachaient à cette problématique ont longtemps conditionné l’analyse du texte, jusqu’à l’imposante étude de Léon Vaganay (1930) qui demeure une référence.

    La présente édition suit une autre voie. Le choix est fait de partir du texte, non pour en faire valoir ou en contester la valeur historique par rapport aux évangiles canoniques, mais pour « le situer chronologiquement, géographiquement et théologiquement », grâce à une analyse objective. Il ressort de l’étude que cet évangile date très probablement de la première moitié du IIe siècle, qu’il semble issu d’un milieu chrétien syro-asiatique, que son auteur suit manifestement, pour le récit des événements, les évangiles synoptiques et, pour la théologie, l’Évangile de Jean et l’Apocalypse. Récit populaire de la Passion, l’Évangile de Pierre témoigne d’une foi profonde en la divinité glorieuse du Christ souffrant.

    Maria Grazia Mara, professeur émérite de l’histoire du christianisme à l’Université de Rome La Sapienza où elle a enseigné l'histoire du christianisme, a consacré ses recherches aux premiers siècles chrétiens, depuis les origines jusqu'à Ambroise et Augustin.

    Œuvre(s) contenue(s) dans ce volume

    Le récit de la Passion de et de la Résurrection du Seigneur qui occupe les pages 2-10 du manuscrit Akhmîm, découvert pendant l’hiver 1886-1887 en Haute-Égypte, a été baptisé « Évangile de Pierre » en référence à Eusèbe (HE 12, 2) et Origène (Comm. In Matth. X, 17), qui le signalent sous ce nom. Ce manuscrit contient également un fragment d’apocalypse (p. 13-20) et différentes parties de la version grecque du livre d’Énoch (p. 21-26). Sur la dernière feuille est transcrit un court passage des Actes grecs du martyre de saint Julien (p. 67-68).

    Les études de ce texte se sont concentrées sur le problème fondamental de la situation des fragments par rapport aux évangiles canoniques. Toutes soutenaient que ces fragments y étaient antérieurs. Même si les fragments occupent une place importante dans les études sur les apocryphes, aucun ouvrage n’en a repris l’examen depuis 1930, si l’on fait exception de quelques articles. On a ainsi mis en en relief le rapport entre cet Évangile et les œuvres de Justin, d’Origène, Denys d’Alexandrie, Cyrille de Jérusalem entre autres.

    Les problèmes posés par cet évangile sont nombreux : son rapport avec les Évangiles canoniques et la littérature chrétienne des premiers siècles ; le lieu et la date de sa rédaction ; la présence ou non dans le texte d’éléments docètes ou gnostiques ; la présentation des événements qui de la Passion conduisent à la gloire du Seigneur selon une formulation considérée comme populaire ou hétérodoxe.

    Le fragment d’Akhmîm ne présente pas de divisions en versets et en chapitres, la division ici adoptée est celle proposée par Robinson pour les chapitres (A. Robinson and M.R. James, The Gospel according to Peter and the revelation of Peter, Londres 1892) et par Harnack (A. Harnack, Bruchstücke des Evangeliums und der Apokalypse des PetrusText. u. Unt. IX, 2, Leipzig 1893) pour les versets.

    Le texte grec est celui établi par la collation des deux reproductions du manuscrit dues à Lods (A. Lods, L’évangile et l’Apocalypse de Pierre avec le texte grec du livre d’Hénoch. Texte publié en fac-similé, par l’héliogravure d’après les photographies du manuscrit de Gizeh, Paris 1893) et à Gebhardt (O. Von Gebhardt, Das Evangelium und die Apokalypse des Petrus. Die neuentdeckten Bruchstücke nach einer Photographie der Handschrift zu Gizeh in Lichtdruck herausgegeben, Leipzig 1893).

    La faiblesse de l’Évangile de Pierre ne consiste pas dans une plus ou moins grande exactitude des détails rencontrés, mais plutôt dans le manque de correspondance entre la situation historique d’ensemble où se déroulent les Évangiles canoniques et celle, bien différente, où il faut placer cet évangile.

    C’est une composition populaire inspirée d’une théologie simple mais profonde, qui, dans son intention apologétique, didactique, et dans sa volonté d’exhorter, recherche le plaisir du beau récit, même au prix de colorations qui nous paraissent exagérés. On trouve des interprétations doctrinales qui ne cadrent pas parfaitement avec l’orthodoxie actuelle, mais qui alors étaient largement répandues. De par son ignorance des coutumes juives, de l’histoire de la Palestine, de ses institutions et de ses personnages, l’auteur de l’évangile montre qu’il ne part pas d’une expérience d’événements directement interprétés, mais d’une lecture de textes médités religieusement. Il ne s’agit pas d’un récit mais d’une réflexion où le récit est évoqué pour revivre l’événement dans sa plénitude salvifique.

    L’évangile se compose de 14 chapitres. Le premier porte sur la conclusion du procès de Jésus. Le deuxième se rapporte à la demande de Joseph d’Arimathie de récupérer le corps du Seigneur. Après la Passion (chap. 3), l’auteur relate la Crucifixion (chap. 4), puis la mort et l’élévation du Seigneur (5) et la déposition de croix (6). Suivent l’attitude des juifs et des disciples (7), les gardes (7), la Résurrection (9), les apparitions (10 et 11), la venue de Marie Madeleine et ses amies au sépulcre (12), la découverte du sépulcre vide (13). L’évangile se clôt (14) sur l’attitude des disciples après la fête des Azymes et l’apparition du Seigneur à Pierre, en Galilée (incomplète).

    Extrait(s)

    10. Et ils amenèrent deux malfaiteurs et ils crucifièrent entre les deux le Seigneur. Et lui se taisait comme s’il n’éprouvait aucune souffrance.

    11. Et quand ils dressèrent la croix, ils y écrivirent : « Celui-ci est le roi d’Israël ».

    12. Et ayant déposé ses vêtements devant lui, ils se les partagèrent et les tirèrent au sort.

    13. Un de ces malfaiteurs les réprimandait en disant : « Nous, nous souffrons ainsi pour le mal que nous avons commis ; mais celui-ci est devenu le sauveur des hommes, en quoi a-t-il commis d’injustice contre vous ? »

    14. Et s’étant irrités contre lui, ils donnèrent l’ordre de ne pas lui briser les jambes pour qu’il mourût dans les tourments.

    (Chapitre 4, v. 10-14, p. 46-47)

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