• SC 193

    Julien de Vézelay

    Sermons, tome II
    (Sermons 17-27)

    Série des Textes Monastiques d'Occident XLII
    décembre 1972

    Texte latin, traduction, notes et index par Damien Vorreux, o.f.m.

    ISBN : 9782204038126
    335 pages
    Indisponible chez notre éditeur
    Vézelay au 12e siècle, comme si vous y étiez.

    Présentation

    La splendide église abbatiale de Vézelay et les grands événements qui s’y déroulèrent vers le milieu du XIIe siècle sont bien connus. Mais que sait-on de la vie, de la culture, de la prière des moines de la fameuse abbaye à la même époque? Les Sermons de Julien, longtemps inédits, sont presque seuls à en donner une idée riche et variée. Ce sont des conférences monastiques mêlant sous une forme attrayante les thèmes scripturaires, liturgiques et moraux, qu’agrémentent mots et anecdotes. Déjà âgé, Julien y fait part à ses frères de sa 1ongue expérience. Il le fait en humaniste, maniant avec aisance un latin appris à l’école de saint Augustin, mais aussi des classiques qu’il aime à citer. Surtout, la façon dont il centre tout son univers spirituel sur la personne du Christ nous révèle un « moine cordial réaliste et tendu vers le bonheur du ciel », digne contemporain de Pierre le Vénérable et de saint Bernard.

    Le Père Damien Vorreux, qui a vécu à Vézelay et sympathisé de longue date avec Julien, a naguère édité provisoirement ces Sermons. Il en présente aujourd’hui le texte critique établi d’après une dizaine de manuscrits et accompagné d’une traduction annotée et d’une importante introduction.

    Œuvre(s) contenue(s) dans ce volume

    Uniquement connu par le texte de ses Sermons (n° 192 et 193), adressés à ses frères, moines du célèbre monastère de Vézelay, sous le gouvernement d'un grand abbé, Pons de Montboissier (1138-1161), qui demanda à Julien de les réunir en un corpus. L’ordre adopté s’inspire à grands traits du déroulement de l’année liturgique (Noël, Pâques, Assomption) ; bien que les sermons soient classés de façon peu rigoureuse et dépourvus de titres, on entrevoit une certaine volonté de faire coïncider le thème traité avec le temps liturgique (Avent, Carême, Semaine Sainte, Pentecôte).

    Prononcés devant les moines réunis en chapitre, ces Sermunculi, comme les désigne leur auteur, sont des espèces de conférences monastiques à prétexte scripturaire. Sont ainsi abordés quelques-uns des grands thèmes de la vie chrétienne ou monastique, au centre desquels est omniprésente la figure du Christ : la fuite du péché, la conversion à Dieu et la bonté de Dieu, les œuvres de miséricorde, l’efficacité de la prière, la mort et le jugement, le jugement de la conscience, la lutte contre la sensualité, la pratique du bien, l’Antéchrist, la contemplation et la prière, etc. En dehors de l’Écriture, dont Julien s’attache à dégager au moyen de l’allégorie le sens spirituel, Augustin constitue la source la plus importante (grâce et péché, prédestination, libre arbitre, primauté de la foi sur l’intelligence, quête de Dieu), avec la Règle de S. Benoît, la Vie des Pères et la Vie de S. Martin ; l’auteur fait preuve également d’une culture classique variée et étendue (Cicéron, Ovide, Sénèque, Lucain, Virgile, Horace, Platon). Document très vivant sur la vie communautaire, sur son niveau intellectuel et spirituel.

    Sermons 17-27

    Sermon 17 : Sur la prière de la Cananéenne (Mt 15, 21 s.).

    Jésus va au devant de la Cananéenne ; elle-même est sortie de Tyr et de Sidon pour rencontrer le Christ. De même, il faut sortir de la région des péchés. Les Tyriens et les Sidoniens représentent les « séculiers », c’est-à-dire ceux qui sont avides des biens du siècle. Elle implore l’aide du Christ, car sa fille est tourmentée par le démon. Le démon de midi embrase, en effet, la chair des jeunes gens. Le silence de Jésus met la patience de la femme à l’épreuve : comme elle est païenne, Jésus refuse d’abord de lui venir en aide. Elle insiste, et Jésus guérit sa fille parce qu’elle a eu confiance en la puissance divine. La fille représente notre âme, la guérison le pardon de nos péchés.

    Sermon 18 : Pour l’Assomption (Pr 30, 18-19).

    La Vierge Marie est cet aigle, roi et seigneur des oiseaux, volant vers le ciel. Que veut dire Salomon dans les Proverbes ? Critique de l’interprétation littérale des Écritures telle que la pratiquent les juifs. Signification double de l’aigle : en bonne part, l’Église ; en mauvaise part, le mal, les hommes pervers formant son corps. Mais l’aigle de Salomon, c’est la Vierge ; elle a institué la virginité volontaire, et est « l’abbesse de toutes les moniales » ; montée au ciel, elle intercède pour les hommes auprès de son fils. Le serpent représente la tentation, la pierre le Christ. Il a été tenté au désert, sans qu’il y ait eu faute ; il en est de même pour Marie qui fut sans péché. La mer, c’est le siècle, les navires sont les églises et ceux qui les gouvernent. L’abbé pilote ainsi le navire pour que les moines puissent s’adonner à la contemplation. « Le cheminement de l’homme dans sa jeunesse » est incertain, car celui-ci ne sait pas encore sur quelle voie il s’engagera, celle des plaisirs ou de la vertu.

    Sermon 19 : Pr 30, 29-32 Il yen a trois qui marchent bien,… le lion,… le coq,… le bélier….

    Il ne faut pas suivre le sens littéral. La route, c’est la vie ; il faut prendre la voie du milieu, la voie royale, sans dévier ni à droite, à la poursuite de la vaine gloire, ni à gauche, par le découragement dans l’adversité. Le lion est le juste ; le coq, ce sont les prédicateurs (histoire de Simon de Vermandois), qui doivent aussi appliquer ce qu’ils recommandent aux autres ; le bélier, guide du troupeau, représente l’ordre des prélats, dont certains font preuve d’une conduite scandaleuse. Aucun roi ne lui résiste : le vicaire de Pierre commande aux rois eux-mêmes.

    Sermon 20 : Sur le règne de l’Antéchrist.

    Le quatrième fait une route heureuse (Pr 30, 29) : il faut craindre la fin des temps qui est proche, la venue de l’Antéchrist, à la fin du millénaire pendant lequel l’antique serpent est resté enchaîné au fond du puits de l’abîme, selon l’Apocalypse de Jean. L’Antéchrist doit règner pendant trois ans et demi, et presque personne ne pourra lui résister. L’erreur triomphera (critique des philosophies païennes, épicurienne et néoplatonicienne). Appel à la conversion des juifs.

    Sermon 21 : Sur le jugement dernier.

    La prophétie de la Sibylle évoque la peur de la mort, de l’enfer et du jugement à venir. On quitte en même temps que le monde tout ce qui est du monde. Les riches sont tourmentés dans les enfers. Ceux qui n’ont pu faire pénitence en cette vie passeront par un feu purificateur avant d’être sauvés. Exemple de la pénitence de David. La géhenne est un feu inextinguible qui ne consume pas ceux qu’il brûle. Le jugement dernier offre un spectacle terrifiant : sueur de la terre, signes dans le soleil, la lune et les étoiles, fracas de la mer et des flots. Du ciel descendront des éclairs et un fleuve de soufre, la terre s’entrouvrira. Histoire du chevalier du roi d’Angleterre. Les trois promesses des moines seront alors examinées : obéissance, conversion des mœurs et stabilité jusqu’à la mort.

    Sermon 22 : Le débat de Miséricorde, Vérité, Justice et Paix (Ps 84, 11).

    De même que Pharaon a puni le panetier, mais fait grâce à l’échanson (Gn 40, 1), le Seigneur a livré le diable aux feux de le géhenne, mais a rétabli l’homme dans sa grâce primitive et l’a délivré du péché. Miséricorde plaide la cause de l’homme et implore la bonté de Dieu ; mais Vérité proteste et empêche la libération de l’homme ; Justice abonde dans le sens de Vérité : selon elle, Adam aurait pu, mais n’a pas voulu éviter le péché ; de plus, il a persévéré dans le mal et n’a pas racheté sa faute par la pénitence ; Paix annonce l’Incarnation et le salut de l’homme par Dieu fait homme.

    Sermon 23 : Sur le jugement du monde (Jn 12, 31)

    C’est maintenant qu’a lieu le jugement du monde. Exemple du pharisien et du publicain ; les justes ne jugent pas les autres, mais eux-mêmes. L’âme est d’abord soumise au jugement de la raison, puis elle doit confesser ses péchés au prêtre, qui la délie de sa faute, mais selon la gravité de sa faute, elle doit acquitter une peine volontaire, afin de se présenter libre devant le Christ et les douze juges. La confession est donc indispensable. Dans un monastère, le juge est l’abbé, qui représente le Christ ; pour les chanoines, c’est le chapitre qui exerce le jugement ; le pouvoir temporel doit savoir exercer la clémence (exemples de Néron, récit de la matrone allaitée par sa fille) et ne devrait pas infliger de peines de mort, car cela ne permet pas au coupable de faire pénitence. Le glaive de l’Église doit être plus redouté car il a le pouvoir de tuer les âmes.

    Sermon 24 : Qu’est-ce que le bien ?

    Conseils à un ami, âgé, moine depuis cinquante ans, qui n’est autre que lui-même. Il faut se méfier des cinq sens, qui incitent à la poursuite du plaisir, selon les Épicuriens, pour qui le seul bien est le plaisir. Il faut chercher à faire le bien. Mais qu’est-ce que le bien ? il ne consiste pas dans les biens éphémères de ce monde, qui ne sont qu’un prêt (mutuum). Sachons donc prêter et donner. La raison permet de distinguer entre le bien et le mal, le juste et l’injuste. Il faut se juger soi-même au tribunal de la raison, mais avec miséricorde ; ensuite, pratiquer la justice, selon la foi et la charité, « qui est l’âme de la foi ». La justice rend à chacun ce qui lui est dû, à Dieu obéissance aux commandements et culte, au pouvoir séculier les honneurs, la taxe et l’impôt. En ce qui concerne le moine, il doit obéissance à son abbé et ne doit rien posséder en propre. Selon ses charismes, chaque moine doit agir pour le bien de sa communauté. Enfin, il doit avoir l’esprit occupé de Dieu seul.

    Sermon 25 : Comment pratiquer le bien ?

    Rappel des cinq « déclinaisons » du mal (suggestion, délectation, acquiescement, action et habitude). Le souverain bien, Dieu, est stable, permanant et immuable, par opposition aux biens passagers de ce monde. Les occasions de péché ou de chute (casus) sont énoncées selon la déclinaison latine du nom aux différents « cas » (par exemple, le nominatif désigne le souci de la gloire et de la « renommée », l’accusatif celui qui « accuse » ses frères, l’ablatif celui qui « dérobe » des biens à l’Église, etc.). Toutefois, la volonté ne peut rien sans la grâce, car l’habitude du mal et l’esprit du mal détournent notre volonté de faire le bien. L’homme, étant un être de raison, a reçu de Dieu une loi. Il faut se juger soi-même, renoncer à l’orgueil, pratiquer la justice. Pour un prélat, il s’agit d’enseigner par la parole et par l’exemple. Exemple de l’écrevisse, qui voudrait enseigner à marcher droit tout en marchant à reculons. Les membres d’une communauté doivent faire preuve de patience entre frères. Dieu doit être toujours l’objet de nos pensées (voir lettre précédente). Comparaison avec le poulain qui ne s’éloigne jamais longtemps de sa mère.

    Sermon 26 : Sur l’armure du soldat du Christ (Ep 6, 11-12).

    Les soldats du Christ doivent combattre sans répit les esprits du mal ; ils sont de deux sortes : les fantassins et les cavaliers. Les fantassins sont semblables aux pugilistes qui s’affrontent dans l’arène. Le moine dans son monastère est comme un lutteur, car il affronte l’adversaire à mains nues, sous le regard des anges qui sont spectateurs. Le cavalier, lui, a revêtu l’armure de Dieu : son cheval est le corps, dont l’esprit est le cavalier ; le mors est la raison, le licou, qui attache le cheval à son râtelier, c’est le lien de la profession, la nourriture est la parole de Dieu. La selle est la paix de l’âme, les étriers représentent, à droite, la prospérité, à gauche, l’adversité. Les éperons sont les exemples des saints ou les péchés. Les sangles fixant la selle sont l’abstinence et la continence. La cuirasse, c’est la justice, ou la charité, et les vertus les écailles. Le casque est l’espérance, le bouclier la protection de la bienveillance divine. Le glaive est la Parole de Dieu, le fourreau de l’épée est le sens littéral qui renferme le sens spirituel, la lance est la prière.

    Sermon 27 : « Voyez, veillez et priez » (Mc 13, 33)

    « Voyez » : c’est le sens intérieur de la vision de l’âme, par lequel les cœurs purs voient Dieu ; par le regard, le péché peut s’introduire dans l’âme. Exemple de Zachée : empêché de voir Jésus par la foule, c’est-à-dire les soucis des biens terrestres, il monte dans un sycomore pour l’apercevoir. Exemple de Tobie aveuglé par les hirondelles, c’est-à-dire les démons. Le collyre, c’est la pénitence, la componction et les larmes. « Veillez » : il nous faut veiller la nuit pour consacrer ce temps à la louange et à la contemplation de Dieu, ou encore pour pleurer et prier. « Priez » : réciter le Notre Père, intérieurement, en esprit.

    Extrait(s)

    Sermon 25, 353-361 (SC 193, p. 591)

    « Marche toujours en compagnie de Dieu, et ne laisse pas ton esprit vagabond s’éloigner si peu que ce soit d’un si beau compagnon. Imite le poulain, le petit de la jument : de temps en temps il s’écarte un peu de sa mère pour aller folâtrer espièglement ; puis l’éloignement lui pèse, et il revient à sa mère, d’un petit galop joyeux. Fais de même : tu as entrepris en compagnie de ton Dieu ce chemin qu’est ta vie ; si ta pensée buissonnière s’égare, ne serait-ce qu’un peu, loin de lui, hâte-toi de revenir et, à la manière du poulain qui hennit près de sa mère, échange avec Dieu de doux propos. »

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    Nº XI II

    Nº XLII

     

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    n. 4

    Walzink

    J.H. Waszink

     

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    décembre 1972

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