• SC 19 bis

    Hilaire de Poitiers

    Traité des mystères

    décembre 1967

    Introduction, texte critique, traduction et notes par Jean-Paul Brisson.

    Révision assurée par Laurence Mellerin.
    Réimpression de la deuxième édition revue et corrigée.
    ISBN : 9782204080712
    184 pages
    Une clé de lecture de l’Ancien Testament, miroir de figures annonçant le Christ.

    Présentation

    Mentionné dans le De viris inlustribus de Jérôme, mais découvert seulement au XIXe siècle, dans un manuscrit lacunaire, le Traité des Mystères est un précis d'exégèse typologique, allégorique et figurative, à l'usage des prédicateurs et peut-être des fidèles du lVe siècle. Il n'a pas l'ampleur des commentaires exégétiques d'Hilaire sur les Psaumes ou sur Matthieu, et sa concision le rend parfois obscur ; mais il s'inscrit dans la tradition interprétative de la pédagogie divine qui naît avec saint Paul et se développe chez Irénée, Tertullien, Cyprien et bien sûr Origène. Entreprise synthétique novatrice, il constitue une sorte de point de jonction entre l'exégèse traditionnelle dans toute sa simplicité et l'exégèse savante d'Orient ou d'Occident.
    À travers une sélection de passages de la Genèse et de l'Exode dans le livre I, l'évocation de Rahab éclairée par les textes d'Osée sur sa femme prostituée dans le livre II, Hilaire cherche le sens spirituel des figures de tout l'Ancien Testament, grâce à la « clef » que donne le Nouveau : l'essentiel de la Révélation est déjà présent dans les écrits vétérotestamentaires ; sous la variété des figures, ils annoncent le Christ et son Église, dans la réalité de leur incarnation, dans leur dimension glorieuse ou mystique. Le travail de l'exégète sera donc de dévoiler la lettre pour lire l'histoire des patriarches et du peuple juif comme « figure du futur », mettant ainsi en lumière l'unité des desseins éternels de la Sagesse divine à travers l'histoire entière de l'humanité.

    Jean-Paul Brisson est professeur honoraire de langue et civilisation latines à l'Université de Paris X-Nanterre.

    Le mot du directeur de Collection

    Dans la préface de son Traité des mystères, Hilaire de Poitiers écrit : « Toute l'œuvre contenue dans les saints Livres annonce par des paroles, révèle par des faits, établit par des exemplaires l'avènement de Notre-Seigneur Jésus-Christ... ». C'est indiquer le caractère et l'objet de son livre, conçu comme un petit précis d'exégèse figurative et allégorique, peut-être à l'usage des prêtres et des prédicateurs. En deux livres d'inégale longueur, à partir des figures d'Adam et Ève, de Caïn et Abel, de l'histoire de Lamech, de Noé, d'Abraham et de Sarra, d'Isaac, de Jacob et de Moïse, puis de l'histoire du prophète Osée et de celle de Josué, Hilaire met en évidence chacune de ces préfigurations du Christ et de l'Église, de l'appel des nations, de la résurrection de la chair, etc. Ce traité offre donc une espèce de résumé de tout un pan de l'exégèse patristique de l'Ancien Testament, telle qu'elle s'est développée en Orient et en Occident. Sa brièveté en fait un instrument pratique pour le prédicateur, mais aussi pour le fidèle qui cherche à mieux comprendre l'enracinement des dogmes chrétiens dans les figures de l'Ancien Testament ou encore le symbolisme des rites sacramentels du baptême et de l'eucharistie.
    Avec la collaboration de l'éditeur du traité, M. Jean-Paul Brisson, professeur honoraire de l'Université de Paris X-Nanterre, de nouvelles notes complémentaires ont été ajoutées à celles qui figuraient déjà dans la précédente réimpression.

    Jean-Noël Guinot

    Œuvre(s) contenue(s) dans ce volume

    Hilaire rédigea ses Tractatus Mysteriorum probablement après 360, année de son retour d’exil en Phrygie. Le texte, mentionné dans le De viris inlustribus de Jérôme, n’a été conservé que par le codex Aretinus, VI, 3 s., du xie siècle, découvert par Gamurrini en 1887. L’ouvrage y est organisé en deux livres d’inégale longueur, division qui ne remonte probablement pas à Hilaire. Ce manuscrit est lacunaire : de larges passages des Tractatus Mysteriorum nous sont donc inaccessibles, spécialement la préface et les tractatus sur les fils de Noé, Abraham et Isaac. Les scholies de Paul Diacre permettent d’atténuer certaines de ces lacunes, soit que le compilateur ait cité textuellement le texte d’Hilaire, soit qu’il l’ait résumé. Enfin, les citations bibliques paraissent tantôt tirées de Vieilles Latines, tantôt traduites de la Septante, sans qu’il soit possible de préciser davantage.

     

    Le Traité des Mystères contraste avec l’ensemble des œuvres exégétiques de l’époque, ainsi qu’avec les autres commentaires d’Hilaire (les commentaires sur Matthieu et sur les Psaumes spécialement) : au lieu d’amples et minutieux développements sur chaque détail des versets, ce précis d’exégèse spirituelle sur le sens de l’Ancien Testament dégage seulement de grands axes d’interprétation.

    Une préface expose la méthode ; le livre 1 aborde quelques épisodes de la Genèse et de l’Exode (Adam et Ève, Caïn et Abel, l’histoire de Lamech, de Noé, d’Abraham et de Sarra, d’Isaac, de Jacob et de Moïse) ; le livre 2, l’histoire du prophète Osée, éclairée par l’épisode de la prostituée Rahab, et de Josué ; une conclusion montre comment l’essentiel de la Révélation se trouve déjà dans l’Ancien Testament.

    Hilaire considère ces personnages et ces événements de l’Ancien Testament comme une seule préfiguration, progressivement dessinée, du Christ et de l’Église, de l’appel des nations, de la résurrection de la chair, etc., qui s’éclaire à la lecture du Nouveau Testament. La variété du lexique utilisé pour exprimer cette exégèse spirituelle exprime les nuances de sa pensée, mais traduit aussi les tâtonnements des Latins pour trouver la traduction idoine des termes grecs tupos – pour antitupos, le choix d’Hilaire s’est fixé sur exemplum. S’il récuse une exégèse qui s’arrêterait au sens littéral, Hilaire ne refuse pas ce dernier : pour lui, la lettre de l’Écriture ne doit pas être invalidée, mais dépassée.

    Ce traité résume pour ainsi dire tout un pan de l’exégèse patristique de l’Ancien Testament, telle qu’elle s’est développée en Orient spécialement, plus discrètement en Occident : nombre d’interprétations des Tractatus s’inscrivent dans une tradition déjà bien établie, représentée notamment par Irénée, Tertullien, Hippolyte et Origène. Néanmoins, il ne semble pas que ce dernier ait beaucoup inspiré les Tractatus ; plus largement, l’exil d’Hilaire en orient n’a pas été aussi déterminant pour son exégèse que pour sa théologie, car il avait dès avant adopté le principe du figuratisme.

    Si l’exégèse d’Hilaire est traditionnelle, son projet lui est propre : écrire un libellus, un petit livre méthodiquement composé pour expliquer « tout » l’Ancien Testament, c’est-à-dire le sens commun à l’ensemble de l’Ancien Testament : annoncer le Christ et son Église.

    La brièveté des Tractatus mysteriorum en fait un instrument pratique pour le prédicateur, et aussi pour le fidèle qui cherche à mieux comprendre l’enracinement des dogmes chrétiens dans les figures de l’Ancien Testament ou encore le symbolisme des rites sacramentels du baptême et de l’eucharistie.

     

    Extrait(s)

    Hilaire de Poitiers, Traité des Mystères 1, 15 (SC 19 bis, p. 102-105)

    L'ivresse que tira Noé du fruit de la vigne qu'il avait plantée (Gn 9, 20) est le type de la Passion. Le Seigneur, en effet, a apporté la vigne d'Égypte et l’a plantée (Ps 79, 9 Vulgt.). Et encore : La vigne du Seigneur des armées, c'est la maison d'Israël (Is 5, 7). Car sa Passion fut causée par les œuvres de son peuple, qu'il avait transporté et planté. Si par hasard quelqu'un juge que l'ivresse de Noé n'a pas de rapport avec le type de la mort du Seigneur, il sera convaincu par les événements qui viendront puisque dans l'Évangile le calice but par le Seigneur (Mt 20, 22) montre quelle mort il devait souffrir. Or, sur les trois fils, l'un se moque de la nudité de son père, les deux autres la couvrent (Gn 9, 22-27) ; mais bien que tous deux l’aient couverte d'un même accord, après la malédiction du troisième, une bénédiction différente leur est accordée en récompense d'une même œuvre. Ces trois fils représentent l'ensemble du genre humain : ceux qui vivent sous la Loi, ce qui sont justifiés par la Grâce, et les païens. Parmi eux, les païens se moquent de la mort du Seigneur et du corps nu de Dieu ; tandis que les deux autres qui couvrent cette nudité figurent la Loi et la Grâce.

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