• SC 176

    Salvien de Marseille

    Œuvres, tome I
    Les Lettres. Les Livres de Timothée à l'Église

    décembre 1971

    Introduction, texte critique, traduction et notes par Georges Lagarrigue.

    Ouvrage publié avec le concours du Centre National de la Recherche Scientifique.
    ISBN : 9782204036689
    348 pages
    Au 5e siècle, une critique acerbe des travers du temps : avarice, tiédeur, impiété… – et un appel à la conversion.

    Présentation

    Bien que les lettres de Salvien soient adressées à des amis et parents, elles ne visent pas à nous renseigner sur la personne ou la vie de l’épistolier ; il est plutôt question de montrer au lecteur chrétien comme il est beau d’écrire dans les occasions délicates. Dans son traité Ad Ecclesiam, Salvien se propose de dénoncer l’ampleur et la gravité de l’avarice chez les chrétiens. L’ouvrage se veut d’abord une condamnation, puis aussi une exhortation.

    Georges Lagarrigue était Maître-Assistant à l’Université des sciences humaines de Strasbourg.

    Le mot du directeur de Collection

    De Salvien, Rhénan qui vécut en Provence au Ve siècle, on connait surtout le fameux traité Du Gouvernement de Dieu {qui constituera le t. II de la présente édition), réquisitoire passionné contre les vices de la Rome chrétienne à qui la Providence a réservé le terrible remède des invasions barbares. Moins célèbres, les œuvres éditées dans ce tome I font connaître des aspects variés de la carrière et du génie de ce moraliste et de ce rhéteur, qualifié en son temps de « précepteur des évêques ».
    Parmi 9 Lettres, toutes très étudiées, parvenues jusqu’à nous, plusieurs s’adressent à des personnages en rapport avec la communauté de Lérins. Une autre est un long plaidoyer que l’auteur, non encore prêtre, mais déjà converti avec sa femme à une vie de continence et de piété, adresse à ses beaux-parents pour vaincre leur hostilité et les persuader de la précieuse grâce que Dieu leur a faite ainsi.
    Les Livres de Timothée à l’Église dénoncent avec virulence un vice que Salvien croit reconnaitre chez tous les chrétiens d’alors et spécialement chez les clercs, celui de l’avarice, voie de la damnation. Non contents de jouir égoïstement des biens créés, ces chrétiens disposent de leurs héritages au mépris de l’Évangile : c’est à l’Église, c’est-à-dire aux pauvres, pense Salvien, que doivent normalement revenir les richesses que Dieu ne fait que prêter. Position radicale dans laquelle des commentateurs ont voulu reconnaître une sorte de communisme religieux, mais que l’éditeur présente ici dans son vrai contexte historique et évangélique.
    À travers les outrances de la pensée et l’excessive recherche de style, ces premières œuvres de Salvien reflètent avec éclat les réactions d’un chrétien à la foi intransigeante affronté à une société chrétienne attiédie, dont l’existence même se trouvait menacée par le violent conflit des civilisations. De là leur intérêt durable.

    Œuvre(s) contenue(s) dans ce volume

    L’attribution à Salvien de ces neuf lettres est confirmée par Gennade de Marseille qui mentionne dans la liste des œuvres de Salvien Epistularum liber unus. Les sept premières sont présentes uniquement dans un manuscrit du xe siècle (C) en deux morceaux, Paris, BNF, lat. 2174 et son quaternion manquant, Berne, BM, E 219. Pierre Pithou, dans son édition princeps (Paris, 1580), a changé l’ordre des lettres, mais son classement est devenu traditionnel. La huitième lettre est dans cinq manuscrits parisiens dont le plus ancien est daté du vie- viie siècle (Paris, BNF, lat. 9550) et un du monastère de la Sainte-Croix (Sessorianus 77) de Rome où elle est associée à des œuvres d’Eucher. La neuvième est dans un unique manuscrit, le Paris, BNF, lat. 2785 où elle est associée au livre suivant, l’Ad Ecclesiam.

    L’Ad Ecclesiam, lui aussi présent dans la liste de Gennade, n’est mentionné qu’en 831 à Corbie. Il nous est transmis par quatre manuscrits, celui mentionné plus haut à propos de la neuvième lettre, ainsi que deux autres : Paris, BNF, lat. 2172 (ixe-xe siècle), provenant de l’Abbaye de Saint-Thierry, et Paris, BNF, lat. 2173 ainsi qu’un de Bâle : BM, 315.

     

    Les Lettres se répartissent selon leur genre littéraire que l’auteur soigne particulièrement. Il semble que pour les sept premières, leur sélection a été faite selon ce critère :

    1. Recommandation à des moines en faveur d’un jeune homme, Lérins, sans doute (439-440).
    2. Reproches à un supérieur ecclésiastique, Eucher, récemment promu évêque.
    3. Excuses à un supérieur ecclésiastique, probablement le même, suite à son manque d’égards.
    4. Explications aux parents déçus par la conversion trop sérieuse (conversiuncula dans le texte) de leur fille Palladia et de son époux Salvien.
    5. Félicitations à une sainte femme, Cattura, pour la guérison d’une maladie : un éloge de la sainteté qui se fortifie par les faiblesses et les maladies du corps.
    6. Rappel d’amitiés à Limenius, peut-être un païen.
    7. Avances à des supérieurs pour établir une correspondance suivie avec eux où il manifeste une modestie peut-être excessive.
    8. Félicitations à Eucher, évêque de Lyon, pour deux de ses œuvres, avec un éloge de sa sainteté et de l’heureux naturel de ses enfants.
    9. Introduction à l’Ad Ecclesiam, ce qui explique le rattachement des lettres à cette œuvre.

    Les Livres de Timothée à l’Église (Ad Ecclesiam) présentent deux thèmes : l’avarice et le gouvernement de l’Église. On ne peut pas dater avec certitude le De gubernatione par rapport à l’Ad Ecclesiam. Mais la lettre IX est celle qui accompagne l’envoi du second à l’évêque Salonius. Les Livres de Timothée à l’Église dénoncent avec virulence un vice que Salvien croit reconnaître chez tous les chrétiens d’alors et spécialement chez les clercs, celui de l’avarice, qui est un « esclavage idolâtrique ». Il invite tous les chrétiens à une vie simple comme il est demandé aux disciples qui partent annoncer l’Évangile. Tous sont invités à aller dans la logique de leur conversion, quasiment à devenir des conuersi soumis à la radicalité évangélique. Ils doivent donc donner l’aumône largement selon leurs moyens. « Les pauvres sont les banquiers du Seigneur. » Non contents de jouir égoïstement des biens créés, ces chrétiens disposent de leurs héritages au mépris de l’Évangile en accroissant la richesse des héritiers et finalement en les encourageant dans leur vice. C’est aux pauvres que doivent normalement revenir les richesses que Dieu ne fait que prêter. Sinon c’est encore une forme d’avarice. Salvien ne précise pas la manière de faire, revenant sans cesse aux préceptes évangéliques. Finalement, le riche peut-il être sauvé ?

    À travers les outrances de la pensée et l’excessive recherche de style, ces premières œuvres de Salvien reflètent avec éclat les réactions d’un chrétien à la foi intransigeante affronté à une société chrétienne attiédie, dont l’existence même se trouvait menacée par le violent conflit des civilisations. De là leur intérêt durable.

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