• SC 167

    Clément de Rome

    Épître aux Corinthiens

    décembre 1971

    Introduction, texte, traduction, notes et index par Annie Jaubert.

    ISBN : 9782204064699
    276 pages
    Juste après Paul, l’un des premiers successeurs de Pierre prend la parole.

    Présentation

    Document capital, cette épître est, avec La Doctrine des douze apôtres ou Didachè (SC 248 bis), l’un des textes patristiques les plus anciens : contemporain des derniers écrits du Nouveau Testament, il se situe aux environs des années 95/100, vers la fin du règne de l’empereur Domitien ou sous celui de l’empereur Nerva. La tradition attribue la rédaction de cette épître au pape Clément, le troisième successeur de Pierre. C’est un écrit de circonstance : l’Église de Rome intervient auprès des chrétiens de Corinthe, divisés par des rivalités personnelles et des contestations qui mettaient en péril l’autorité des presbytres et l’union fraternelle. Témoignage de l’autorité de l’Église de Rome, ce texte n’est pas moins intéressant par ce qu’il nous fait connaître des thèmes de sa prédication et de sa liturgie, bref de l’antique communauté romaine. Cet écrit a joui d’une autorité exceptionnelle dans les premiers siècles et dans toute la tradition.

    L'édition d'Annie Jaubert († 1980) offre de cette épître une analyse très complète et la traduction française conserve avec bonheur la vivacité, la chaleur et le ton de l'original grec.

    Le mot du directeur de Collection

    Avec l'Épître aux Corinthiens de Clément de Rome (SC 167) a été réimprimé l'un des tout premiers textes patristiques, antérieur à l'année 100 de notre ère, c'est-à-dire presque contemporain, comme La Doctrine des douze apôtres (SC 248 bis, réédité en 1998), de certains écrits du Nouveau Testament. Attribuée au pape Clément, le troisième successeur de Pierre sur le siège romain, cette lettre, rédigée en grec, est un écrit de circonstance : son but est de rétablir l'unité et la communion dans l'Église de Corinthe, déchirée par l'affrontement de clans et des rivalités de personnes, qui allaient jusqu'à contester l'autorité des presbytres. Sur les circonstances précises de la crise traversée par l'Église de Corinthe, la lettre nous renseigne en définitive assez peu. Son intérêt vient surtout de ce qu'elle nous fait connaître de la communauté chrétienne primitive de Rome, de ses thèmes de prédication et de sa liturgie. Du point de vue liturgique, l'éditrice du texte, Annie Jaubert, souligne un double héritage : un héritage juif, perceptible dans l'utilisation de formules apparentées avec la prière synagogale ou dans la manière de parler avec le plus grand respect du Nom de Dieu, et des réminiscences assez nettes des liturgies chrétiennes primitives, notamment dans les doxologies, très semblables à celles des épîtres du Nouveau Testament. Visiblement imprégné de la langue des Septante, Clément s'écarte pourtant si nettement parfois du texte connu qu'il paraît utiliser une version ayant cours dans son milieu ; il utilise en outre comme Écriture des textes non canoniques, hérités sans doute de divers courants juifs. En revanche, il ne connaît aucun « canon » du Nouveau Testament et ne cite comme Écriture que des textes vétéro-testamentaires ; quand il cite des paroles de Jésus, il se réfère à des collections de logia, consignés par écrit ou oraux, non à des évangiles écrits. On l'aura compris, il s'agit d'un texte du plus grand intérêt pour la connaissance du christianisme primitif, non seulement du point de vue ecclésiologique et liturgique, mais également du point de vue de la théologie, ce que met aussi en évidence l'introduction d'A. Jaubert, même si les préoccupations de Clément dans son épître sont d'abord pastorales et posent déjà la question de l'autorité de l'Église de Rome.

    (J.-N. Guinot, 2000)

    Jean-Noël Guinot

    Extrait(s)

    (p.143 et 145)

    Le phénix, symbole de la résurrection

    Considérons le signe étrange qui a lieu dans les régions du Levant, je veux dire celles de l’Arabie. Il y a là un oiseau auquel on donne le nom de phénix. Cet oiseau est seul de son espèce et vit cinq cents ans. Lorsque arrive le moment où il va se dissoudre dans la mort, il se fabrique, avec de l’encens, de la myrrhe et autres plantes aromatiques, un nid funéraire où il pénètre, une fois son temps accompli, et où il meurt. De la chair en putréfaction naît un ver ; il se nourrit des humeurs de l’animal mort et se couvre de plumes. Puis, lorsqu’il a acquis de la vigueur, il soulève le nid où se trouvent les os de son ancêtre, et avec ce fardeau il passe d’Arabie en Égypte jusqu’à la ville qu’on appelle Héliopolis. En plein jour, aux yeux de tous, il dirige son vol vers l’autel du soleil, y dépose le nid et prend alors son élan pour s’en retourner. Les prêtres compulsent leurs annales et ils découvrent qu’il est venu au bout de cinq cents ans révolus.
    Allons-nous donc trouver que c’est un prodige extraordinaire si le créateur de l’univers fait ressusciter ceux qui l’ont servi dans la sainteté et avec la confiance d’une foi parfaite, alors que même à travers un oiseau il manifeste la grandeur de ce qu’il avait annoncé ?