• SC 133

    Sulpice Sévère

    Vie de Saint Martin, tome I
    Introduction, texte et traduction

    Série des Textes Monastiques d'Occident XXII
    décembre 1967

    Introduction, texte et traduction par Jacques Fontaine.

    Ouvrage publié avec le concours du Centre National de la Recherche Scientifique.
    Réimpression de la première édition revue et corrigée (2004, 2011)
    ISBN : 9782204076111
    347 pages
    Un best-seller qui a très tôt fait du moine-évêque de Tours l’un des plus grands saints d’Occident.

    Présentation

    Succès de librairie, dès sa publication en 397, la Vita Martini apparaît d’abord comme le témoignage d’un converti à l’ascétisme martinien. Quelques années auparavant, en effet, à l’exemple de Paulin, le futur évêque de Nole, à qui le liait une solide amitié depuis leur rencontre à « l’Université » de Bordeaux, Sulpice Sévère a renoncé au barreau et à la vie publique, et s’est retiré sur son domaine de Primuliacum pour y mener la vie ascétique.
    Son expérience s’y inspire de celle de Martin à Ligugé. Sulpice fit, à plusieurs reprises, le pèlerinage à Tours pour y rencontrer le moine-évêque, dont Paulin fut sans aucun doute le premier à lui vanter la personnalité. Mais c’est dans le conventicule de Primuliacum que, sur les instances de ses « frères » et de Bassula, sa belle-mère, elle aussi admiratrice fervente de l’ascétisme martinien, il rédige la vie de son héros.
    Grâce au talent de son biographe, Martin devint ainsi l’Antoine de l’Occident, et la Vita Martini le pendant de la Vie d’Antoine d’Athanase. Cette Vita, que prolongent trois lettres-appendices, forme avec les Chroniques et les Dialogues comme une défense et illustration de la sainteté martinienne.

    Le mot du directeur de Collection

    « Un héros d'une indéniable grandeur, mais célébré par un biographe à l'indiscutable talent », tel est le jugement porté par Jacques Fontaine, professeur émérite de l'Université Paris IV-Sorbonne et membre de l'Institut, sur saint Martin de Tours et l'œuvre de Sulpice Sévère dans l'édition qu'il a donnée de la Vie de saint Martin, dont le tome I vient d'être réimprimé (SC 133). Une très riche introduction accompagne ce texte qui fut un succès de librairie, dès sa publication en 397, et qui allait exercer une influence considérable sur la vie monastique en Gaule. Grâce au talent de son biographe, Martin allait devenir pour l'Occident ce qu'était Antoine pour l'Orient : désormais la Vita Martini ferait pendant à la Vie d'Antoine d'Athanase (SC 400).
    À l'exemple de Paulin de Nole, à qui le liait une solide amitié depuis leur rencontre à « l'Université » de Bordeaux, Sulpice Sévère avait renoncé au barreau et à la vie publique pour se retirer sur son domaine de Primuliacum, sur la route de Toulouse à Narbonne et y mener la vie ascétique. La mort de sa femme et l'influence de Bassula, sa belle-mère, furent aussi pour beaucoup dans la conversion de Sulpice à l'ascétisme martinien et dans son renoncement au monde. La Vita Martini est ainsi tout à la fois le témoignage d'un « converti » et « la première expression de la reconversion littéraire d'un talent désormais consacré au service d'une conviction religieuse ». Avant de rédiger, dans sa retraite de Primuliacum, la vie de son héros et guide spirituel, Sulpice Sévère fit, à plusieurs reprises, le pèlerinage à Tours pour y rencontrer Martin. Dès lors, son œuvre tout entière, les Chroniques (SC 441) comme les Dialogues (à paraître prochainement dans la Collection), concourt à la célébration de Martin, l'ascète occidental rivalisant avec les plus grands représentants de l'ascétisme en Orient et les surpassant même. Destinée à toucher un public lettré, même si elle s'adresse d'abord à un cercle relativement restreint d'hommes et de femmes, issus des milieux aristocratiques aquitains et gagnés, comme Sulpice, à l'idéal de la vie ascétique, la Vita Martini devait rapidement atteindre un public beaucoup plus large. Elle contribua à répandre, en référence à la vie militaire de Martin avant sa « conversion », l'idéal du miles Christi, la militia terrestre de Martin devenant ainsi la figure prophétique de sa militia ascétique.

    Jean-Noël Guinot

    Œuvre(s) contenue(s) dans ce volume

    La Vita Martini a été rédigée et diffusée au début de l’année 397, c’est-à-dire du vivant de Martin de Tours, même si celui-ci n’avait plus que quelques mois à vivre. Apôtre de la Gaule et père de la vie monastique en Occident, Saint Martin de Tours exerça une large influence personnelle, mais il doit une bonne part de son extraordinaire popularité dans l’Antiquité et au Moyen Age au récit de Sulpice Sévère. L’influence et la diffusion de sa Vita Martini, comparables à celles de la Vie d’Antoine par Athanase d’Alexandrie, justifient l’ampleur de l’édition qui en a été donnée dans la Collection (SC 133-135).

    L’édition du texte pose de nombreux problèmes critiques. Depuis la parution du volume du CSEL 1 (1866), de nouveaux manuscrits avaient été découverts et les études martiniennes avaient tellement progressé qu’il fallait donner une nouvelle édition critique. Bien que la Vita ait connu un grand succès pendant les deux siècles qui ont suivi sa parution, il ne subsiste qu’un manuscrit substantiel pour toute la tradition précarolingienne. Les manuscrits retenus, qui vont du VIe au XVe siècle, se divisent en trois familles : les deux premières sont respectivement italienne et franque, la troisième consiste en un unique manuscrit conservé à Dublin, le Book of Armagh. Or les familles italienne et franque donnent deux séries de leçons par moments très différentes. Plusieurs hypothèses ont été avancées pour expliquer ce fait. L’une d’entre elle est que les Martinelli, les manuscrits de la famille franque, représentent une édition différente du texte, peut-être la première, réalisée par Sulpice lui-même.

    Le texte critique du volume se base sur une correspondance soutenue avec les éditeurs qui préparaient une editio maior pour le Corpus Christianorum. Celle-ci n’a jamais été publiée. L’éditeur de notre volume signale les corrections qu’envisageaient ses deux collègues et a inclus dans l’introduction du livre une liste détaillée et explicative des corrections qu’il a lui-même apportées au texte du CSEL.

     

    La Vita est un texte bref, auquel sont adjointes trois lettres : la première, à Eusèbe, fait l’apologie du thaumaturge ; la deuxième, adressée au diacre Aurèle, présente l’éloge funèbre de Martin ; la troisième, adressée par Sulpice à sa belle-mère Bassula, relate la mort et les funérailles du saint.

    La Vita apparaît d’abord comme le témoignage d’un récent converti, et converti à l’ascétisme martinien. Prototype d’un genre littéraire très productif, elle se place sous de nombreux héritages. Le premier, mais qui est loin d’être le seul, est la traduction latine de la Vie d’Antoine d’Athanase. Elle doit aussi beaucoup à l’héritage biblique et à l’héritage classique, particulièrement celui des biographes antiques et d’Aristote. Cette double dépendance se manifeste dans la préface par les références qui témoignent de son désir de toucher un public lettré, tout en respectant les exigences du public touché par l’ascétisme et le dessein apologétique du projet.

    L’hagiographie se divise en trois parties. La première (chapitres 2-11) relate les « actes » du début de la vie de Martin, de sa naissance à l’accession à l’épiscopat. Viennent ensuite les « vertus » de sa lutte matérielle et spirituelle contre Satan (chapitres 12-24). Le genre de vie, ou le caractère de Martin, occupe la conclusion (chapitres 25-27). La Vita laisse ainsi apparaître un mode de vie chrétien qui se répand à partir du IVe siècle, vécu selon la spiritualité d’un « soldat de Dieu ». Mode de vie toutefois infléchi par la découverte de la vocation ascétique, puis par l’accession au presbytérat et à l’épiscopat. Ainsi les combats spirituels de Martin, qui occupent la deuxième partie de l’œuvre, n’ont-ils pas seulement une signification personnelle, mais aussi pastorale.

    Extrait(s)

    (22, 4-5, p. 301-303)

    Pour tenir tête au diable, Martin avait répondu fermement que les fautes anciennes étaient effacées par une meilleure conduite et que, par la miséricorde du pécheur, il fallait absoudre les péchés de ceux qui avaient cessé de pécher. Le diable rétorquant que le pardon ne convenait pas aux coupables et qu’aucune clémence ne pouvait être accordée par le Seigneur à ceux qui avaient fait un seul faux pas, on dit qu’alors Martin s’exclama en ces termes : « Si toi-même, misérable, tu renonçais à poursuivre les hommes, et que tu te repentisses de tes méfaits, surtout en ce moment où le jour du Jugement est proche, je te promettrais, pour la part, miséricorde, avec une confiance sincère dans le Seigneur Jésus-Christ. »

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