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    Constance de Lyon

    Vie de saint Germain d'Auxerre

    décembre 1965

    Introduction, texte critique, traduction et notes par René Borius.

    Ouvrage publié avec le concours du Centre National de la Recherche Scientifique.
    ISBN : 9782204039079
    222 pages
    L'unique source sur le père spirituel de sainte Geneviève, rédigée au 5e siècle par un prêtre de Lyon.

    Présentation

    Écrite une trentaine d’années après sa mort, la Vita Germani est la source la plus importante sur la vie de ce saint qui fut un évêque exemplaire. C’est aussi un document important pour l’histoire de la période qui s’étend de 420 à 450 environ, qu’il s’agisse des affaires de l’Église ou de celles de la Gaule Romaine.

    René Borius est maître-assistant au Centre Littéraire Universitaire de Tours.

    Le mot du directeur de Collection

    Unique source d’information sur l’activité de Germain, dont rien n’a été conservé de l’œuvre littéraire qui dut être la sienne, cette Vita est seule aussi à nous renseigner sur son auteur, en dehors des deux lettres dédicatoires qui la précèdent, l’une adressée à Patient, l’autre à Censurius, l’évêque d’Auxerre, et de la correspondance de Sidoine Apollinaire, évêque de Clermont. On y découvre un homme à la fois pénétré de culture latine traditionnelle (souvenirs de Virgile et de Pline le Jeune notamment) et soucieux d’édification chrétienne, très représentatif des lettrés de cette époque. Œuvre hagiographique, probablement rédigée entre 470-480, la Vita respecte les lois imposées par le genre ; l’influence de la Vie de saint Martin et, dans une moindre mesure, celle de la Vie de saint Ambroise y sont patentes, mais sans la priver de toute originalité. Rien ne transparaît dans le récit des troubles liés aux invasions barbares, en dehors d’un passage concernant les Pictes et les Saxons en Bretagne et d’un autre sur la répression des Bagaudes, bien que le cadre historique soit assez précis. En revanche, en présentant Germain comme un moine ascète, de type lérinien, la Vita est un document intéressant pour l’histoire de la spiritualité, comme il l’est aussi pour celle de l’Église et, plus généralement, pour l’histoire de la Gaule romaine.

    Jean-Noël Guinot

    Œuvre(s) contenue(s) dans ce volume

    De saint Germain d’Auxerre (Ve s.), nous ne savons rien. Pourtant, son rayonnement s’est répandu bien au-delà d’Auxerre. L’ouvrage que lui consacre le prêtre Constance de Lyon, écrit une trentaine d’années après la mort de son sujet (vers 475-480), attire l’attention par la personnalité de celui dont elle parle, mais aussi par celle de son auteur, représentatif des rhéteurs cultivés des écoles gallo-romaines.

    La première édition, faite par Boninus Mombritius à Milan, date de 1480. La Vita Germani couvre les fol. 319-325. Une seconde édition est faite en 1573 à Cologne, par Laurent Surius, dans laquelle Lenain de Tillemont et le Bollandiste Peter Van der Bosche croient voir l’œuvre complète et exacte de Constance. Bruno Krusch, à partir de 1899, puis Wilhelm Levison ave son édition de 1920, qui font paraître vraisemblablement le texte primitif.

    La présente édition a collationné une quinzaine de manuscrits, mais s’est généralement bornée à l’utilisation des plus anciens d’entre eux :

    Turicensis c. 10.i., Saint-Gall (Xe s.)

    Vindobonensis 420, Salbourg (IXe s.)

    Carnotensis 516, Chartres (IXe s.)

    Londiniensis 17357, Silos ( ?) (XIIIe s.)

    Parisiensis 2178, Silos (XIe s.)

    Reginensis 140, Fleury-sur-Loire (IXe s.)

    Parisiensis 17002, Moissac (Xe s.)

    Parisiensis 12598, Corbeil (VIIIe s.)

    Bonnensis 369, Bonn (XIVe s.)

    Dusseldorfensis c.10.B, Dusseldorf (XVe s.)

     

    Sa plus grande originalité réside dans la composition de l’ouvrage : contrairement aux hagiographies la plupart du temps brouillonnes de l’époque, Constance produit un texte divisé en huit chapitres, subdivisés eux-mêmes en une demi-douzaine de paragraphes, qui vont de la jeunesse de ce jeune aristocrate à sa mort. Chaque chapitre traite soit un fait précis, soit une situation déterminée. C’est aussi un document d’un grand intérêt historique, qui couvre la période de 420 à 450 environ, en ce qui concerne les affaires de l’Eglise ou celles de la Gaule romaine (avec les Alains et les Bagaudes). Et plus précisément encore, cette Vita constitue un document d’histoire de la spiritualité : portrait de l’évêque ascète qui fait des miracles et endosse le rôle de soldat du Christ contre le mal.

    S’y trouvent plusieurs lettres de la correspondance de Constance : deux (à Patient, évêque de Lyon, et à Censurius, évêque d’Auxerre), et quatre autres que lui a envoyées Sidoine Apollinaire permettent de cerner la personnalité de l’auteur. Son style permet de conclure à sa culture traditionnelle classique mais aussi chrétienne : connaissance des auteurs païens, maîtrise de l’art de la rhétorique, au service de cette hagiographie au but stéréotypé de rendre illustre un saint personnage.

    Extrait(s)

    II, 8. A une certaine époque les démons, à la suite d’une terrible conspiration, menèrent une sorte de guerre contre le bienheureux. Comme après l’avoir éprouvé par de multiples attaques, ils l’avaient trouvé inébranlable, revêtu qu’il était de la cuirasse de sa foi, ils mirent à exécution une machination conçue pour l’anéantissement de la population. Car d’abord les enfants en bas-âge, puis leurs aînés mouraient d’une enflure soudaine à l’intérieur de la gorge : la mort survenait au bout de trois jours à peine de maladie. La population était décimée comme par un glaive furieux. La prévoyance humaine n’était d’aucun secours, et presque trop tard la foule tremblante eut recours à la protection divine par l’intermédiaire de l’évêque. Celui-ci à l’instant bénit de l’huile : au contact de celle-ci, l’enflure intérieure diminuait de sorte que le passage libéré permettait aussitôt à ceux qui défaillaient de respirer et de se nourrir. Le remède céleste soulagea aussi vite que le fléau s’était abattu. Un possédé que le saint exorcisait proféra que la chose était arrivée du fait des esprits mauvais et reconnut qu’ils avaient tous été mis en fuite par la prière de Germain.